250 ans des États-Unis : comment Donald Trump réécrit l’histoire pour «aveugler la population et ne pas être contredit»

Ce 4 juillet, les États-Unis fêtent en grande pompe leurs 250 ans : un événement que Donald Trump entend instrumentaliser à ses fins. L’historienne spécialiste des États-Unis, Esther Cyna, explique dans cet entretien à Vert comment l’histoire du pays est remodelée pour servir l’agenda politique tru…
Résumé
Célébration des 250 ans
Les États-Unis célèbrent le 4 juillet 2026 leurs 250 ans d'indépendance, un événement marqué par une grande manifestation organisée par la Maison Blanche, avec un discours de Donald Trump.
Cette célébration est utilisée comme une tribune pour promouvoir une vision spécifique de l'histoire américaine.
Selon l'historienne Esther Cyna, spécialiste des États-Unis, cette date représente une opportunité pour Trump de réécrire le récit national à son image.
La manifestation prévue rassemblerait près d'un million de personnes, ce qui en fait un moment politique majeur, bien loin d'un simple événement historique ou éducatif.
Décret de réécriture
Le 27 mars 2025, Donald Trump a signé un décret intitulé «Restaurer la vérité et la raison dans l’histoire américaine».
Ce texte impose une vision officielle de l'histoire des États-Unis, où seuls les éléments positifs, glorifiant le pays, sont acceptables.
Les sujets comme l'esclavage, le génocide des peuples autochtones ou le réchauffement climatique doivent être exclus des institutions fédérales, notamment les musées et les parcs nationaux.
Le décret considère que ces sujets divisent la nation et menacent sa sécurité, justifiant ainsi leur suppression.
Ce texte s'inscrit dans une logique où l'histoire est utilisée comme un outil politique pour renforcer un récit nationaliste et excluant.
Nationalisme blanc chrétien
Donald Trump s'appuie sur des mouvements nationalistes blancs chrétiens pour façonner sa vision de l'histoire américaine.
Ces groupes prônent une représentation des États-Unis comme une nation blanche, chrétienne, hétérosexuelle et supérieure, sans aucun crime à son actif.
Cette idéologie exclut une grande partie de la population, notamment les personnes racisées, les immigrés et les non-chrétiens, du récit national.
Pour Trump, cette réécriture de l'histoire sert à définir qui est considéré comme un citoyen américain légitime, ouvrant la porte à des politiques restrictives, comme la remise en cause du droit du sol pour les immigrés.
Censure des institutions
Depuis son retour au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a fait supprimer des panneaux abordant des sujets sensibles dans les parcs nationaux et les sites fédéraux, comme l'esclavage, les peuples autochtones ou le réchauffement climatique.
Par exemple, la National Portrait Gallery à Washington D.C.
a dû retirer des descriptions sous le portrait de Trump, mentionnant sa défaite à l'élection présidentielle de 2020 et ses deux tentatives de destitution.
Une décision de justice en date du 13 juin 2026 a ordonné la réinstallation de ces panneaux, estimant que l'administration ne pouvait imposer une vision partielle de l'histoire.
La Maison Blanche a fait appel de cette décision.
Opposition limitée
Les tentatives de résistance contre la réécriture de l'histoire par Trump restent très limitées aux États-Unis.
Les universités, notamment, ont cédé face aux pressions du gouvernement, mettant en difficulté les historiens et historiennes qui souhaitent s'opposer à cette vision.
Esther Cyna souligne que les institutions du savoir, comme les universités, sont perçues comme des bastions de la gauche par les mouvements conservateurs et trumpistes.
Ces derniers, depuis les années 1980-1990, considèrent les campus comme des lieux d'idéologie à combattre.
Trump a exacerbé ces positions, poussant les conservateurs à des extrêmes, mais sans susciter de mouvement de résistance significatif.
Impact sur les lois
La réécriture de l'histoire par Trump a des répercussions directes sur les lois et les droits des citoyens aux États-Unis.
Par exemple, la Cour suprême a justifié des décisions, comme l'arrêt retirant le droit fédéral à l'avortement en 2022, en s'appuyant sur une interprétation restrictive de l'histoire américaine.
Trump utilise cette logique pour exclure des pans entiers de l'histoire, comme le réchauffement climatique, des institutions fédérales.
Cette approche vise à créer une vision unifiée de la nation, où certains sujets sont considérés comme des ennemis ou des divisions, plutôt que comme des réalités historiques à étudier.
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