How grief became a subscription service
There is life after death: digitally speaking thanabots prove this by virtually recreating loved ones who have passed away. It’s a money-spinning, potentially heart-wrenching and largely unregulated business.
Les thanabots (ou griefbots), des intelligences artificielles (IA) spécialisées, permettent de recréer une version interactive d'une personne décédée à partir de ses traces numériques. Ces traces incluent ses messages, photos, vidéos, enregistrements vocaux et publications sur les réseaux sociaux. L'IA analyse ces données pour simuler des conversations avec le défunt, reproduisant son style de langage, ses souvenirs et même sa voix. Par exemple, Eugenia Kuyda, cofondatrice de Replika, a utilisé les messages de son ami Roman Mazurenko, décédé en 2015, pour créer un bot conversationnel à son image. Ces services s'inscrivent dans une industrie émergente appelée Digital Afterlife Industry (industrie de l'au-delà numérique), qui transforme les traces d'une vie en créations interactives. En 2020, Microsoft a même déposé un brevet pour créer des chatbots conversationnels basés sur les données sociales d'une personne, qu'elle soit un proche, une célébrité ou une figure historique.
Les thanabots agissent comme des objets transitionnels, ces objets (comme un vêtement ou une recette) qui aident à faire le deuil en maintenant un lien symbolique avec le défunt. Cependant, contrairement à un vêtement ou une photo, un thanabot ne se contente pas de rappeler la personne : il prétend être cette personne en utilisant la première personne du singulier (« Je me souviens », « Je t’aime »). Cette simulation peut apporter du réconfort, mais elle soulève des questions éthiques. En effet, le bot ne restitue pas l'intériorité du défunt, mais combine des fragments de sa vie (ses messages, ses blagues) avec des choix familiaux, des algorithmes et des décisions commerciales. Par exemple, une famille peut décider de mettre en avant certains souvenirs plutôt que d'autres, ou une entreprise peut modifier le ton ou le contenu du bot après une mise à jour logicielle. Le résultat est une version reconstruite, et non une résurrection fidèle.
Les services de thanabots sont proposés sous forme d'abonnements, avec des tarifs variables selon les fonctionnalités. Par exemple, la société HereAfter AI proposait des plans autour de 199 dollars américains, tandis que la société sud-coréenne DeepBrain AI offrait des réplications en 3D pour jusqu'à 50 000 dollars, avec des frais de maintenance supplémentaires. Ces prix reflètent une logique commerciale claire : l'accès à ces services est conditionné par un paiement régulier. En 2026, HereAfter AI a annoncé sa fermeture, illustrant un risque majeur : la disparition possible du bot si la famille ne paie plus ou si l'entreprise fait faillite. Cette dépendance au service pose la question de la mort numérique, qui n'est plus seulement biologique ou symbolique (l'oubli collectif), mais aussi technique (la fin d'un abonnement ou d'un serveur).
La création d'un thanabot soulève des questions éthiques complexes sur le contrôle de l'identité des défunts. Qui a le droit de décider de la manière dont une personne décédée sera représentée ? En 2025, le père de Joaquin Oliver, tué lors de la fusillade de Parkland en 2018, a créé une version IA de son fils pour perpétuer son activisme anti-armes. Cependant, cette reconstruction publique pose des problèmes : le bot peut dire des choses que le défunt n'a jamais dites, et sa voix ou ses opinions peuvent évoluer avec le temps. Les familles, les entreprises et les algorithmes jouent tous un rôle dans cette construction, mais le défunt lui-même ne peut plus donner son avis. La question du consentement est donc centrale : qui peut autoriser la création d'un thanabot ? Un conjoint, un parent, un enfant ? Et qui est responsable si le bot déforme la mémoire ou les valeurs du défunt ?
Les thanabots ne recréent pas seulement la personne décédée : ils peuvent aussi maintenir une version de l'identité des vivants qui étaient en relation avec elle. Par exemple, un parent peut continuer à entendre son enfant l'appeler « Maman » à travers un bot, ce qui peut apporter du réconfort. Cependant, cette interaction risque de figer la relation dans un état passé, empêchant le survivant d'évoluer après le deuil. Les entreprises vendent ainsi non seulement l'accès aux morts, mais aussi une version figée de la relation qui existait avant leur décès. Cette situation soulève une question : est-ce que ces services aident vraiment à faire son deuil, ou maintiennent-ils les vivants dans une boucle émotionnelle qui empêche l'acceptation de la réalité ? Le deuil est un processus dynamique, et un thanabot peut, malgré lui, ralentir cette évolution.
Les *thanabots* transforment le deuil en un service commercial, avec des risques éthiques et pratiques majeurs. D'abord, les entreprises qui fournissent ces services contrôlent les données, les mises à jour et la durée de vie du bot. Par exemple, une mise à jour logicielle peut modifier le vocabulaire, l'humour ou les « souvenirs » du bot, ou même le rendre indisponible si le service est interrompu. Ensuite, la question de la propriété se pose : qui possède les données utilisées pour créer le bot ? La famille peut fournir les archives, mais l'entreprise contrôle le modèle et les serveurs. Enfin, le coût de ces services (jusqu'à 50 000 dollars pour une réplication 3D) pose la question de l'accessibilité. Ces services risquent de créer une inégalité : seuls les plus aisés pourront accéder à une version « premium » de leurs proches disparus. La mort, traditionnellement universelle, devient ainsi un marché segmenté.

