Pourquoi l’essence coûte si cher?

On décortique le prix de l’essence ordinaire au Québec.
Résumé
Chaîne de production complexe
L’essence que vous achetez à la pompe est le résultat d’une longue chaîne de production où plusieurs acteurs interviennent pour en tirer un profit.
Cette chaîne commence par l’extraction du pétrole brut, puis passe par le transport vers les raffineries où il est transformé en carburant.
Ensuite, l’essence est acheminée vers des dépôts régionaux avant d’être distribuée aux stations-service.
Chaque étape implique des coûts et des marges bénéficiaires.
Patrick Gonzalez, professeur à l’Université Laval, souligne que cette industrie est très concurrentielle, ce qui limite les abus de prix.
Pourtant, l’attention se porte souvent sur le prix final à la pompe, alors que la part du détaillant y est minime.
Par exemple, à Montréal, la Régie de l’énergie du Québec estime que les marges des stations-service représentent une petite fraction du prix total.
Rôle des taxes et du pétrole
Le prix de l’essence est principalement influencé par deux facteurs : le coût du pétrole brut et les taxes.
Le prix du baril de pétrole brut, qui dépend de l’offre et de la demande mondiale, a connu des hausses en 2025 en raison de tensions géopolitiques, comme la guerre en Iran.
À cela s’ajoutent les taxes, qui varient selon les régions.
À Montréal, les taxes représentent une part majeure du prix final.
Par exemple, en 2025, l’abolition de la taxe carbone au Canada (sauf au Québec) a créé une différence d’environ 20 cents par litre entre le Québec et l’Ontario.
Les experts soulignent que, sans les taxes, l’essence au Québec n’est pas plus chère qu’ailleurs en Amérique du Nord.
Les taxes servent notamment à financer l’entretien des routes et les transports collectifs.
Transparence de l'industrie
L’industrie pétrolière est considérée comme transparente, car elle publie quotidiennement des données sur les prix.
La Régie de l’énergie du Québec, par exemple, recense chaque jour le prix minimal payé à la rampe de chargement (le point où le carburant est livré aux stations-service) et estime ainsi le prix moyen à la pompe.
Benjamin Bourque, porte-parole de la Régie, explique que ces données permettent de calculer les marges des détaillants et de comparer les prix entre régions.
Contrairement à d’autres secteurs comme l’électronique, où les marges sont souvent opaques, l’essence affiche clairement ses coûts.
Les experts estiment que cette transparence évite les abus et permet aux consommateurs de mieux comprendre la formation des prix.
Disparités régionales au Québec
Au Québec, le prix de l’essence varie selon les régions en raison de plusieurs facteurs.
L’éloignement des raffineries (situées principalement à Montréal et Lévis) augmente les coûts de transport, ce qui rend l’essence plus chère en régions comme la Gaspésie ou la Côte-Nord.
Pourtant, ces régions bénéficient parfois de légers rabais de taxes pour compenser ces frais.
paradoxalement, en 2025, les prix les plus élevés ont été observés à Montréal et Laval, malgré un volume de vente élevé, ainsi qu’à Québec.
Ces disparités s’expliquent par des coûts d’exploitation plus élevés en ville (frais fixes, taxes municipales) et par des marges variables selon la concurrence locale.
Le CAA Québec note que ces écarts ne s’expliquent pas uniquement par les taxes.
Taxes : un choix de société
Les taxes sur l’essence sont un sujet complexe, car elles servent à financer des infrastructures essentielles comme les routes et les transports collectifs.
Patrick Gonzalez, de l’Université Laval, explique que les gouvernements ne se prononcent ni pour une hausse ni pour une baisse des taxes, car celles-ci génèrent des revenus qui fluctuent avec le prix du carburant.
Par exemple, si l’essence devient trop chère, la demande peut baisser, réduisant ainsi les revenus fiscaux.
Le CAA Québec et l’Association canadienne des carburants soulignent que supprimer ces taxes mettrait en péril l’entretien du réseau routier, déjà en mauvais état.
Cependant, une hausse des taxes pourrait aussi encourager la transition énergétique en décourageant l’usage de la voiture.
Comparaison nationale et internationale
Contrairement aux idées reçues, l’essence n’est pas systématiquement plus chère au Québec qu’ailleurs au Canada ou aux États-Unis.
Les experts notent que, une fois les taxes retirées, les prix sont comparables entre le Québec et les autres provinces, ainsi qu’avec les États voisins comme New York.
Les différences majeures proviennent des régimes de taxes, qui varient considérablement d’une région à l’autre.
Par exemple, la Colombie-Britannique affiche des prix plus élevés qu’au Québec, tandis que certaines zones du Manitoba sont aussi plus chères.
Ces écarts s’expliquent par des politiques fiscales distinctes et non par des coûts de production ou de transport significativement différents.
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