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«Une zone tampon entre la vigne et l’école» : dans le Bordelais, cette commune a racheté des terres polluées pour protéger les enfants

Nicolas Beublet· 1 juillet 2026
«Une zone tampon entre la vigne et l’école» : dans le Bordelais, cette commune a racheté des terres polluées pour protéger les enfants

En 2023, le village girondin de Gauriac a fait l’acquisition d’une parcelle de vigne d’1,7 hectare juste à côté de son école. Une manière de réduire l’exposition des enfants aux pesticides tout en montrant qu’une diversification agricole est possible pour cette filière en crise.

Résumé

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Une commune bordelaise

La commune de Gauriac, située en Gironde dans le Bordelais, a racheté en 2023 une parcelle de 1,7 hectare de vignes traitées aux pesticides pour la transformer en verger.

Ce projet, autofinancé à hauteur de 44 000 euros avec le soutien du département et de l’État, vise à créer une zone tampon entre les cultures viticoles conventionnelles et l’école primaire du village.

L’objectif est de réduire l’exposition des enfants aux résidus de pesticides, un enjeu de santé publique local.

La mairie, dirigée par Raymond Rodriguez (Front de gauche), a répondu à un appel à projet du département sur les paysages girondins résilients, en proposant une vitrine de diversification agricole dans un territoire marqué par la monoculture viticole.

La parcelle borde directement l’arrière de l’école, une proximité qui rappelle le scandale de Villeneuve, survenu en 2014 à quelques kilomètres, où des enfants et une institutrice avaient été intoxiqués par des pesticides épandus à proximité.

2

Pollution des sols et risques

En 2021, des relevés atmosphériques effectués dans la cour de l’école de Gauriac par l’association Générations futures ont révélé la présence de pesticides en quantité non négligeable, dont le folpel (un fongicide classé cancérogène possible pour l’homme et très utilisé en viticulture) et des substances interdites comme le lindane (insecticide interdit depuis 1998 mais persistant dans les sols).

Ces résultats confirment une surexposition généralisée aux pesticides en Gironde, où 112 écoles figuraient parmi les 500 plus exposées en France en décembre 2025 selon une enquête du Monde.

Localement, l’omerta persiste : selon Sylvie Nony de l’association Alerte pesticides, la pression des pesticides dans le Blayais est minimisée et peu discutée.

Valérie, employée de la cantine et de la garderie, évoque des inconvénients liés aux pesticides, tandis que Vanessa Broc, présidente des parents d’élèves, salue la réduction des rejets autour de l’école grâce au projet communal.

3

Transformation du terrain

Les ceps de vigne de la parcelle rachetée ont été arrachés et remplacés par un verger de 180 arbres fruitiers, planté en 2023.

Pour restaurer la fertilité du sol, gravement appauvri par des décennies de viticulture intensive, les bénévoles ont épandu une litière forestière fermentée lors d’un chantier participatif en juin 2026.

Cette préparation, riche en champignons, levures et microbes, est fabriquée à partir de feuilles mortes et de végétaux en décomposition.

Les bénévoles, dont Lionel Lorente, viticulteur reconverti, ont utilisé des pulvérisateurs manuels pour répartir le produit.

Alain Vidal, ancien viticulteur devenu conseiller en agroécologie, a également planté du sorgho pour fixer le carbone dans le sol, qui sera couché en septembre pour se décomposer en matière organique.

Une mare de 50 mètres carrés est en cours d’aménagement, et un espace clôturé est laissé en libre évolution pour observer la régénération naturelle.

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Expérimentation agricole

Ce projet communal ne se limite pas à la protection des enfants : il sert aussi de terrain d’expérimentation pour des pratiques agricoles alternatives.

Grégory Epaud, du syndicat de rivière du Moron, explique que des végétaux adaptés au terroir local, comme l’amélanchier, ont été plantés pour compléter la culture de la vigne sans nécessiter de traitements ou en réduisant leur usage.

Ces plantes sont choisies en fonction de l’ensoleillement et des caractéristiques du sol.

Le syndicat suit l’évolution de la biodiversité et de la qualité des sols, notamment la teneur en matière organique, en carbone et la présence de métaux lourds (cuivre, fer, manganèse).

Trois ans après le début du projet, des traces de DDT (un insecticide interdit en 1972) ont été retrouvées en bas de la parcelle, illustrant la persistance de certains polluants dans l’environnement.

Des journées techniques sont organisées pour les viticulteurs locaux afin de partager ces méthodes.

5

Défis et perspectives

Alain Vidal, à l’origine du projet, souligne que la transition vers l’agroécologie est un processus lent, au rythme des champignons et des vers.

Lui-même, ancien vigneron en agriculture conventionnelle utilisant du glyphosate, reconnaît que les déclics peuvent prendre du temps.

Le projet de Gauriac vise à montrer qu’une diversification agricole est possible dans un territoire dominé par la monoculture viticole, en travaillant sur la régénération des sols et en évitant les pesticides.

Cependant, les limites sont réelles : la crise viticole a laissé de nombreuses parcelles en jachères jaune citron, inutilisées et peu rentables.

Mirabelle Charpentier, ancienne élue, se souvient que les propriétaires de la parcelle rachetée par la mairie cherchaient à vendre en 2023 sans succès, en raison du contexte économique difficile.

Malgré ces défis, le projet communal s’inscrit dans une démarche collective, comme en témoigne le chantier participatif où bénévoles et habitants ont travaillé ensemble pour épandre la litière forestière.

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