Face à la montée des discours de haine, l’ONU mise sur les chefs traditionnels
Les génocides ne commencent pas par des massacres. Ils commencent par des mots. Des mots qui divisent, qui désignent des ennemis, qui déshumanisent. Des mots qui circulent d'abord dans les conversations, puis sur les réseaux sociaux, avant parfois de dégénérer en violences bien réelles.
Résumé
Nouveau plan de l'ONU
L'Organisation des Nations Unies (ONU) a lancé le 11 juin 2026 à New York le Plan d'action de Mascate, un cadre international visant à renforcer le rôle des chefs traditionnels et des peuples autochtones dans la lutte contre les discours de haine, la prévention des crimes de masse et la médiation des conflits.
Ce projet part du constat que les tensions au sein des communautés sont souvent détectées en premier par les autorités locales, comme les chefs coutumiers, plutôt que par les diplomates ou les gouvernements.
Le Secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a souligné que les discours de haine représentent une menace croissante pour la paix et la sécurité, car ils divisent les communautés, déshumanisent certains groupes et peuvent préparer le terrain à des violences collectives.
Rôle des chefs locaux
Le Plan d'action de Mascate repose sur l'idée que les violences de masse ne surviennent jamais spontanément, mais sont précédées de signaux d'alerte comme la polarisation sociale, la diffusion de rumeurs ou la stigmatisation de communautés.
Les chefs traditionnels sont considérés comme des acteurs clés pour intervenir avant que les institutions nationales ou internationales ne perçoivent une crise naissante.
Leur légitimité sociale, leur connaissance des réalités locales et leur expérience en médiation des conflits en font des relais essentiels pour déconstruire les discours de haine et favoriser le dialogue entre groupes rivaux.
Le plan a été élaboré lors de consultations en 2022 à Abuja (Nigeria) et en 2023 à Mascate (Oman), réunissant des représentants autochtones, des autorités traditionnelles, des experts, des gouvernements et des organisations internationales.
Menace des réseaux sociaux
António Guterres a alerté sur le rôle des plateformes numériques dans la propagation des discours de haine, soulignant que ces messages circulent aujourd'hui à une vitesse sans précédent.
Les réseaux sociaux comme YouTube, TikTok, Instagram et les applications de messagerie comme WhatsApp permettent aux discours haineux et aux appels à la violence de franchir instantanément les frontières.
Les outils d'intelligence artificielle (IA) amplifient ce phénomène en facilitant la production et la diffusion de contenus trompeurs à grande échelle.
Le Secrétaire général a appelé les États à imposer davantage de régulations aux entreprises technologiques et à intégrer la sécurité des utilisateurs dès la conception des produits numériques, notamment pour protéger les enfants.
Stratégie de prévention
Le Plan d'action de Mascate mise sur trois leviers principaux : le renforcement des capacités de médiation locale, le développement du dialogue au sein des communautés et la création de partenariats entre autorités traditionnelles, gouvernements et organisations internationales.
Cette approche marque une évolution des stratégies de prévention de l'ONU, qui accordent désormais plus d'importance aux acteurs locaux capables d'identifier les tensions avant qu'elles ne dégénèrent.
L'objectif est d'empêcher que les fractures identitaires ne se transforment en violences, alors que les conflits se multiplient, les inégalités s'aggravent et la désinformation se propage à une vitesse inédite.
Contexte et enjeux
Le lancement du plan intervient dans un contexte où les Nations Unies s'inquiètent de plus en plus du rôle des espaces numériques dans l'exacerbation des tensions.
António Guterres a mis en garde contre les risques liés à l'IA et a souligné l'importance de la gouvernance de cette technologie ainsi que de l'intégrité de l'information, devenue un nouveau champ de bataille pour la prévention des conflits.
Le plan vise à agir en amont, dans les villages et les communautés où naissent les tensions, bien avant que les diplomates ou les gouvernements ne s'en aperçoivent, afin de prévenir les violences collectives comme le génocide de 1994 au Rwanda, où près d'un million de Tutsis ont été massacrés en 100 jours.
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