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Droit

Présidentielle 2027 : « L’attention politique est aujourd’hui contrôlée par des plateformes privées »

Le Monde : Libertés numériques · mis à jour 27 mai

Dans une tribune au « Monde », Antoine Bidegain et Sophie Woodville, deux spécialistes des questions numériques, plaident pour que la question de notre rapport aux écrans, véritable enjeu de souveraineté et de santé publique, soit au cœur des débats de la prochaine élection présidentielle..

Campagne présidentielle 2027

En mai 2027, la France élit son nouveau président. Les thèmes attendus de cette campagne incluent l’immigration, le pouvoir d’achat, la sécurité, la santé et, dans une moindre mesure, l’environnement. Cependant, les citoyens passeront entre 3 et 8 heures par jour devant des écrans. Le contenu de ces écrans est sélectionné par une demi-douzaine d’entreprises étrangères, qui influencent ainsi ce que les électeurs voient des candidats, les sujets abordés et même le rythme des indignations. Ces plateformes monétisent également ce temps d’écran. En 2027, elles pourraient équiper des entreprises, des administrations et même des services régaliens critiques en France. Pourtant, aucun candidat n’a encore abordé sérieusement la question de ces enjeux numériques.

Contrôle privé de l’attention

L’attention politique, une ressource rare qui détermine les sujets abordés pendant une campagne, est aujourd’hui contrôlée par des plateformes privées. Ces entreprises, souvent étrangères, décident de ce que les citoyens voient ou non, façonnant ainsi le débat public. Le problème est que ces plateformes sont aussi l’objet même du débat : comment demander aux responsables politiques de parler des enjeux du numérique alors que les contraintes de format, comme l’exigence de synthèse ou de raccourcis, rendent ce sujet difficile à aborder ? Les candidats sont donc piégés dans une logique où ils ne peuvent pas vraiment discuter des règles du jeu numérique, car ces règles sont définies par les plateformes elles-mêmes.

Débat citoyen sur le numérique

Pour sortir de ce piège, il faudrait renoncer à l’ambition d’expliquer tous les enjeux numériques en une seule fois. L’article propose de se concentrer sur trois ou quatre questions concrètes, accessibles sans expertise préalable, sur lesquelles chaque candidat devrait avoir une position claire. Cela permettrait d’organiser un débat citoyen sur les libertés numériques en 2027. Cette approche évite de se perdre dans des discussions trop techniques ou abstraites, tout en rendant le sujet plus compréhensible pour le grand public.

Ce que ça pourrait changer

Un exemple concret de cette problématique est l’épargne européenne. En Europe, elle est dispersée dans de nombreux établissements bancaires nationaux et des fonds trop petits pour financer des entreprises à grande échelle, comme les champions de la tech. Le rapport Draghi souligne cette faiblesse. Pourtant, depuis la crise du Covid-19, le taux d’épargne des Européens est près de trois fois supérieur à celui des Américains. Conséquence : les ménages européens exportent environ 300 milliards d’euros d’épargne par an, principalement vers les marchés américains et leurs entreprises technologiques. Cela illustre comment les choix économiques européens peuvent indirectement financer des acteurs étrangers.

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