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Droit

Tchad : des réfugiées face aux violences et au manque de soins

ONU : Migrants et réfugiés · mis à jour 12 mai

Le Tchad fait face à une pression humanitaire croissante alors que plus de 1,3 million de réfugiés et de rapatriés, majoritairement des femmes et des enfants, ont trouvé refuge dans ce pays déjà fragilisé par la pauvreté et un système de santé sous-financé, a alerté mardi une agence des Nations Unies..

Crise humanitaire au Tchad

Le Tchad accueille plus de 1,3 million de réfugiés et rapatriés, principalement des femmes et des enfants, fuyant des crises dans la région. Ce pays d’Afrique centrale, déjà marqué par la pauvreté et un système de santé sous-financé, voit sa situation se dégrader. En 2026, l’UNFPA (United Nations Population Fund, ou Fonds des Nations Unies pour la population), une agence de l’ONU spécialisée dans la santé sexuelle et reproductive, alerte sur les violences et le manque de soins subis par ces populations vulnérables. Andrew Saberton, directeur exécutif adjoint de l’UNFPA, a mené une mission d’une semaine dans l’est du Tchad pour évaluer la situation sur le terrain, entre constats alarmants et signes de résilience.

Violences contre les femmes

Les femmes réfugiées au Tchad, notamment près de la frontière avec le Soudan, subissent des violences accrues lors de leurs déplacements hors des camps, comme la collecte de bois de chauffage. Ces sorties, nécessaires pour assurer les besoins du foyer, les exposent à des risques de harcèlement, d’agressions ou de violences sexuelles. Andrew Saberton a souligné que ces moments deviennent « une source de peur » pour elles. Malgré ces dangers, certaines bénéficient d’un soutien psychosocial, de formations professionnelles ou d’activités génératrices de revenus, leur permettant de reconstruire une certaine autonomie. Ces violences s’ajoutent aux pressions sociales, comme le cas d’une jeune femme mariée à 15 ans, victime d’une fistule obstétricale après un accouchement non assisté, et qui a subi l’abandon de son mari.

Fistule obstétricale

La fistule obstétricale est une complication médicale grave qui survient lors d’un accouchement difficile, souvent en l’absence de soins adaptés. Elle se caractérise par une lésion entre le vagin et la vessie ou le rectum, entraînant une incontinence permanente et des infections. Dans l’est du Tchad, une jeune femme a vécu avec cette pathologie pendant près de dix ans après un accouchement non assisté, durant lequel son bébé est décédé. Son mari l’a ensuite abandonnée, et elle subit encore aujourd’hui des pressions pour se remarier. Cette situation illustre les conséquences dramatiques d’un système de santé défaillant, où les accouchements ne sont pas toujours pris en charge par des professionnels qualifiés.

Crise sanitaire dans les camps

Dans la province du Wadi Fira, le camp de réfugiés d’Iridimi accueille plus de 333 000 personnes, dont la majorité sont des femmes et des enfants. Les structures de santé locales, déjà fragilisées, peinent à répondre à l’afflux massif de réfugiés. Par exemple, au centre de santé du camp, les sages-femmes assurent jusqu’à 300 accouchements par mois, avec des moyens extrêmement limités. Les pénuries d’anesthésiants rendent parfois les césariennes impossibles, mettant en danger la vie des mères et des nouveau-nés. Le Tchad affiche déjà l’un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, avec environ 860 décès pour 100 000 naissances vivantes, un chiffre qui souligne l’urgence d’une intervention.

Financement insuffisant

L’UNFPA, qui intervient au Tchad pour fournir des soins de santé maternelle et des services de protection, fait face à une baisse drastique de ses financements en 2026. Les ressources allouées ont chuté de 44 % par rapport à 2025, passant de 18,7 millions de dollars à seulement 2,5 % de ce montant financés à ce jour. Cette réduction menace directement la continuité des services essentiels, comme les accouchements sans danger, les soins après des violences ou les programmes de soutien psychosocial. Andrew Saberton a appelé la communauté internationale à renforcer urgemment son soutien financier pour éviter une aggravation de la crise humanitaire.

Ce que ça pourrait changer

Face à l’ampleur de la crise, l’UNFPA a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour mobiliser des fonds supplémentaires. Pour les femmes et les filles réfugiées dans l’est du Tchad, l’aide humanitaire représente une question de survie : accoucher sans danger, recevoir des soins après des violences ou avoir accès à des opportunités économiques. Andrew Saberton a conclu que « chaque euro ou dollar investi dans ces services sauve des vies et redonne espoir ». Sans un financement accru, les conditions de vie de ces populations continueront de se dégrader, aggravant une crise déjà critique.

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