Le Planning familial de Gironde redoute de disparaître, faute de subvention de l’agence régionale de santé
L’ARS juge les actions de l’association non « probantes ». La structure développe des actions d’information et d’orientation en matière de santé sexuelle, ainsi qu’un programme autour de la santé mentale en milieu scolaire..
Le Planning familial de Gironde risque de disparaître faute de subventions. L’Agence régionale de santé (ARS) Nouvelle-Aquitaine a annoncé le retrait d’une subvention représentant un tiers du budget de l’association pour 2026. Cette subvention s’élevait à 160 000 € en 2024. Sans cette aide financière, l’antenne girondine du Planning familial, qui emploie 7,4 équivalents temps plein, pourrait supprimer quatre postes. La directrice de l’association, Marie-Liesse Montes, a précisé qu’il n’y avait plus de trésorerie pour couvrir ces pertes. L’ARS justifie cette décision en invoquant des critères de probance, c’est-à-dire l’efficacité prouvée des actions financées. Cette suppression s’ajoute à une réduction déjà envisagée en 2024, où l’ARS avait tenté de diminuer de moitié cette subvention avant que le Planning ne mobilise des soutiens pour la maintenir.
L’ARS exige que les actions financées soient probantes, c’est-à-dire qu’elles aient démontré leur efficacité par des preuves scientifiques. Depuis quatre ans, l’agence a progressivement recentré ses financements sur des projets répondant à ce critère, laissant aux associations un délai pour adapter leurs méthodes. En Nouvelle-Aquitaine, un appel à manifestation d’intérêt régional doté d’un million d’euros a été lancé pour aider les structures à rendre leurs actions probantes. Cependant, le Planning familial girondin n’a pas répondu à cet appel, estimant que ses méthodes, bien que non évaluées par l’ARS, reposent sur l’expérience des professionnels et des personnes concernées. La directrice, Marie-Liesse Montes, a souligné que cette approche ignorait les réalités locales et les besoins spécifiques des territoires.
Le Planning familial girondin est financé par plusieurs sources : la subvention de l’ARS (160 000 €), la délégation départementale au droit des femmes, le département de Gironde et la ville de Bordeaux. Ses missions incluent l’information et l’orientation en santé sexuelle, ainsi qu’un programme de prévention en santé mentale en milieu scolaire appelé Prodas. La suppression de la subvention de l’ARS mettrait en péril ces activités, qui ne pourraient plus être maintenues sans ressources supplémentaires. L’ARS, de son côté, a indiqué avoir récupéré plus de 10 millions d’euros en marges de manœuvre pour financer d’autres actions probantes, comme les Maisons des femmes Santé, des structures hospitalières dédiées aux victimes de violences.
La coordinatrice régionale du Planning, Coline Bost, critique une uniformisation des pratiques imposée par l’ARS, qui privilégie une approche centralisée et standardisée. Elle estime que les besoins varient selon les territoires et que cette rigidité menace le secteur associatif, pourtant essentiel dans la prévention en santé. Marie-Liesse Montes a dénoncé un resserrement des politiques de prévention autour de l’hôpital, au détriment des associations comme le Planning familial. Cette situation s’inscrit dans un contexte national où le Planning familial a déjà alerté sur la baisse de ses financements publics, comme en Creuse où son antenne a dû se battre pour maintenir ses activités.
Face à cette situation, l’ARS a proposé un *plan de dégressivité* pour accompagner progressivement la baisse des financements, tout en maintenant un dialogue avec le Planning familial. La directrice de l’association a évoqué la possibilité de réaliser une évaluation scientifique avec l’Inserm, mais ce projet coûte 180 000 €, une somme que l’association ne peut pas mobiliser seule. Le Planning girondin reste déterminé à défendre ses méthodes, qu’il juge adaptées aux réalités locales, tout en cherchant des solutions pour éviter la suppression de postes. Cette crise illustre les tensions entre une logique de rentabilité et d’efficacité mesurable, et la nécessité de préserver des structures historiques comme le Planning familial dans leur rôle d’information et de prévention.

