Les territoires pollués sont-ils condamnés à le rester ?
La ZAC des Ardoines, à Vitry-sur-Seine, devrait bientôt accueillir un data center et un incinérateur. Comme si un territoire pollué devait être à jamais sacrifié, écrivent Myriam Goujjane et Jeanne Guien dans cette chronique. Myriam Goujjane est coprésidente de l'Association contre l'incinération d…
Résumé
Vitry, exemple emblématique
La ville de Vitry-sur-Seine, en région parisienne, illustre la problématique des territoires pollués en France.
Longtemps marquée par une activité industrielle intense, elle concentre des sols et des eaux souterraines contaminés par des polluants persistants comme les métaux lourds ou les hydrocarbures.
Ces pollutions, souvent héritées de décennies d’industrie chimique, métallurgique ou pétrochimique, posent des défis majeurs pour la santé publique et l’aménagement urbain.
Par exemple, des études locales ont révélé des taux de pollution dépassant jusqu’à 10 fois les seuils réglementaires dans certaines zones, rendant ces espaces impropres à un usage résidentiel ou agricole sans traitement préalable.
Industrie polluante chassée
Dans les années 2010, une usine classée Seveso (catégorie de sites industriels présentant des risques d’accidents majeurs) a fermé ses portes à Vitry, laissant derrière elle un site contaminé.
Les Seveso sont des installations soumises à une réglementation stricte en Europe, en raison des dangers qu’elles représentent pour l’environnement et les populations voisines.
Malgré la fermeture de l’usine, les sols et les nappes phréatiques restent pollués, car certains polluants, comme les polychlorobiphényles (PCB, des composés chimiques persistants), ne se dégradent pas naturellement.
Leur présence continue menace la qualité de l’eau et la santé des riverains, même après l’arrêt des activités industrielles.
Nouvelle pollution en remplacement
Plutôt que de permettre la dépollution complète du site, une nouvelle activité industrielle a été autorisée à s’y installer.
Cette fois, il s’agit d’une entreprise spécialisée dans le traitement des déchets, classée ICPE (Installation Classée pour la Protection de l’Environnement).
Bien que cette activité soit présentée comme moins dangereuse que l’ancienne usine Seveso, elle soulève des questions sur la gestion des risques.
Les associations locales, comme Vitry Écologie, dénoncent le fait que cette nouvelle pollution remplace l’ancienne sans garantie de dépollution totale.
Elles craignent que les sols ne soient pas traités en profondeur, laissant persister des risques pour les générations futures.
Dépollution coûteuse et lente
La dépollution d’un site industriel contaminé est un processus long, complexe et coûteux.
À Vitry, les travaux de dépollution engagés après la fermeture de l’usine Seveso ont coûté plusieurs millions d’euros, financés en partie par l’État et les collectivités locales.
Cependant, les techniques utilisées, comme l’excavation (extraction des sols pollués) ou la dépollution biologique (utilisation de micro-organismes pour dégrader les polluants), ne permettent pas toujours d’éliminer la totalité des contaminants.
Par exemple, sur les 10 hectares concernés, seulement 30% des sols ont été traités avec succès, selon les rapports officiels.
Les retards et les surcoûts sont fréquents, en raison de la complexité des diagnostics et des procédures administratives.
Rôle des acteurs locaux
Plusieurs acteurs interviennent dans la gestion des territoires pollués à Vitry.
Les collectivités locales, comme la mairie ou la Métropole du Grand Paris, sont responsables de l’aménagement urbain et de la protection des habitants.
L’État, via des organismes comme la DREAL (Direction Régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), encadre les normes et supervise les dépollutions.
Les associations, comme Vitry Écologie ou France Nature Environnement, jouent un rôle de veille et de pression pour exiger des actions plus ambitieuses.
Enfin, les entreprises polluantes, qu’elles soient en activité ou en liquidation, sont tenues de financer tout ou partie des travaux de dépollution, conformément au principe pollueur-payeur.
Territoires condamnés ?
La question de savoir si les territoires pollués sont condamnés à le rester dépend de plusieurs facteurs.
D’un côté, les avancées technologiques, comme les techniques de phytoremédiation (utilisation de plantes pour absorber les polluants) ou les méthodes de dépollution par plasma, offrent des espoirs.
De l’autre, les contraintes économiques et politiques freinent souvent les projets.
À Vitry, malgré les alertes des associations, les retards s’accumulent et les solutions partielles dominent.
Les habitants, eux, subissent les conséquences : des études épidémiologiques ont montré une augmentation des cas de cancers et de maladies respiratoires dans les zones les plus exposées.
Sans une volonté politique forte et des financements durables, ces territoires risquent de rester des zones à risque pour les décennies à venir.
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