250 ans de l’indépendance américaine : “Les États-Unis sont en train de devenir une ploutocratie sans limites”
Résumé
Célébration du 250e anniversaire
Le 4 juillet 2026 marque le 250e anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, un événement historique où les treize colonies américaines ont proclamé leur séparation de la Grande-Bretagne en 1776.
Pour célébrer cette date, les États-Unis organisent traditionnellement des festivités comme le Great American State Fair à Washington, un grand rassemblement annuel avec manèges, expositions et produits locaux.
Cependant, en 2026, cette célébration a été marquée par un manque d’enthousiasme et une participation très faible.
Les installations étaient bâclées, avec des façades en papier imprimé imitant le style néoclassique, et peu d’attractions étaient présentes.
L’essayiste Thomas Frank, interrogé par Philosophie Magazine, souligne que ces festivités, autrefois grandioses, reflètent désormais un déclin national et une récupération politique par les conservateurs, qui tentent d’associer cette fête à des symboles chrétiens ou au complexe militaro-industriel.
Malgré tout, le peuple américain reste attaché à cette fête nationale, et il est peu probable que les républicains parviennent à en prendre le contrôle total.
Trump et la nostalgie américaine
Donald Trump, ancien président des États-Unis, a souvent utilisé le slogan Make America Great Again (Faire de l’Amérique à nouveau grande), inspiré par Ronald Reagan, pour évoquer une nostalgie de la grandeur passée du pays.
Pourtant, selon Thomas Frank, Trump ne comprend pas réellement ce que signifie cette grandeur.
Par exemple, il avait été impressionné par le défilé militaire du 14-Juillet à Paris en 2017 et avait tenté d’organiser une parade similaire aux États-Unis en 2025, mais cet événement s’était soldé par un échec.
Trump n’a pas su ou n’a pas voulu organiser une célébration grandiose pour le 250e anniversaire de l’indépendance américaine, se concentrant uniquement sur le feu d’artifice.
Frank souligne que Trump incarne une vision paradoxale de la grandeur : il aime l’idée d’une Amérique puissante, mais ses actions et ses choix politiques ne reflètent pas cette ambition, notamment en matière d’organisation d’événements nationaux ou de gestion du pouvoir.
Démocratie américaine en danger
Le 4 juillet 2026 coïncide avec une prise de conscience croissante de la fragilité de la démocratie américaine, notamment sous l’influence de Donald Trump.
Ce dernier a été accusé de tentatives pour contourner les règles démocratiques à son avantage, comme la promotion de lois restrictives sur le droit de vote.
Par exemple, il a soutenu une proposition visant à imposer une pièce d’identité avec photo pour voter, une mesure qui pourrait exclure des millions de citoyens, notamment les jeunes, les Afro-Américains, les Latinos ou les femmes ayant changé de nom, car beaucoup ne possèdent pas de permis de conduire valide.
Aux États-Unis, il n’existe pas de carte nationale d’identité comme en France, et certains États, comme la Californie, n’exigent aucun document officiel pour voter.
Trump a également été impliqué dans des redécoupages électoraux (gerrymandering en anglais) pour favoriser les républicains, une pratique où les circonscriptions électorales sont redessinées de manière à avantager un parti.
Frank précise que Trump n’est pas un populiste au sens classique, car il ne cherche pas à conquérir les masses, mais plutôt à empêcher l’autre camp de voter, ce qui représente une menace pour le système démocratique.
L'argent domine la politique
L’un des développements les plus préoccupants aux États-Unis est l’influence croissante de l’argent sur la politique, conduisant à une forme de ploutocratie (un système où le pouvoir est détenu par les plus riches).
La Cour suprême a joué un rôle clé dans cette évolution.
En 2010, elle a levé les limites aux contributions des entreprises aux campagnes électorales, puis en 2014, elle a supprimé les plafonds pour les dons des particuliers, légalisant ainsi des pratiques proches de la corruption.
Le 30 juin 2026, la Cour suprême a encore aggravé la situation en supprimant le plafonnement des dépenses de campagne, à quelques mois des élections de mi-mandat de novembre 2026.
Par exemple, lors de l’élection présidentielle de 2008, Barack Obama avait reçu environ 2 millions de dollars de grandes banques.
En 2024, Elon Musk a versé à lui seul 290 millions de dollars à Trump.
Avec l’absence de seuil maximum, un milliardaire comme Musk pourrait désormais influencer directement les politiques publiques, par exemple en supprimant des dépenses gouvernementales qu’il désapprouve.
Frank décrit cette situation comme une ploutocratie sans limites, où le pouvoir économique prime sur la démocratie.
Trump et l'enrichissement personnel
Donald Trump a transformé sa présidence en une opportunité d’enrichissement personnel, un phénomène sans précédent dans l’histoire américaine récente.
Dès le début des années 2000, il avait affirmé qu’il serait le premier candidat à la présidence à générer des profits pendant son mandat, une prédiction qui s’est réalisée.
Pendant son second mandat, il a accumulé une fortune considérable, notamment grâce aux crypto-monnaies, avec un gain estimé à 1,4 milliard de dollars en 2025.
Son empire commercial, incluant des hôtels, des golfs et d’autres entreprises, a également profité de sa présidence.
Frank compare cette situation à celle de Richard Nixon, qui avait dû rendre des comptes sur son enrichissement personnel pendant sa présidence, mais souligne que Trump va bien au-delà.
Il évoque une ère d’oligarques aux États-Unis, où les membres du Congrès peuvent négocier des actions sans être soumis aux règles contre le délit d’initié (l’utilisation d’informations confidentielles pour des opérations boursières profitables).
Depuis près de deux ans, des mouvements boursiers suspects ont précédé des annonces majeures de Trump, suggérant des pratiques douteuses.
Instinct égalitaire américain
Malgré les inégalités économiques croissantes aux États-Unis, Thomas Frank souligne un trait culturel profond : l’instinct égalitaire des Américains.
Il explique que les citoyens américains détestent le snobisme et rejettent toute forme d’élitisme, qu’il vienne de la droite ou de la gauche.
Par exemple, la droite républicaine critique l’élite démocrate diplômée des universités prestigieuses, tandis que la gauche dénonce le wokisme (un mouvement prônant une justice sociale radicale).
Frank estime que cet instinct égalitaire pourrait, à long terme, mener au rejet de tout système politique favorisant une forte hiérarchie sociale.
Bien que les inégalités économiques soient extrêmes, cette aversion pour les élites pourrait servir de contrepoids aux tendances ploutocratiques observées aujourd’hui.
Frank voit dans cet instinct une lueur d’espoir pour l’avenir de la démocratie américaine, même si les défis actuels restent immenses.
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