Marin, commerçant ou touriste ? La Valse de l’empereur
Posted in: fr.hypotheses.orgParfait condensé anticipé de la série des Sissi avec Romy Schneider et de La Petite Maison dans la p....
Le film La Valse de l’empereur (The Emperor Waltz, 1948), réalisé par Billy Wilder, se déroule dans l’Empire austro-hongrois à la fin du XIXe siècle, peu avant la Première Guerre mondiale. L’empereur François-Joseph y est dépeint comme un souverain vieillissant, veuf et sans héritier mâle, plus préoccupé par l’élevage de ses chiens que par la gestion de son empire. Ce cadre historique sert de toile de fond à une intrigue centrée sur des clichés touristiques et romantiques, typiques des comédies musicales américaines des années 1940. Le film mêle éléments de satire sociale et de comédie légère, tout en s’inscrivant dans la filmographie de Wilder, marquée par des œuvres plus sombres comme La Scandaleuse de Berlin (1948) ou A Foreign Affair (1948).
Les personnages centraux sont l’empereur François-Joseph, interprété comme un souverain rigide et peu charismatique, et Virgil Smith, joué par Bing Crosby. Ce dernier incarne un touriste américain aux traits ambivalents : il se présente d’abord comme un marin, puis comme un commerçant en phonographes, tout en arborant les accessoires classiques du touriste occidental (appareil photo, sac à dos). Son identité floue et ses motivations commerciales, notamment la vente de phonographes, créent une tension comique, bien que peu efficace sur le plan narratif. Il tombe amoureux de Johanna Augusta Franziska von Stoltzenberg-Stolzenberg, jouée par Joan Fontaine, une jeune veuve issue de l’aristocratie austro-hongroise. Leur relation est marquée par des différences de classe et des malentendus, typiques des comédies romantiques de l’époque.
L’intrigue repose sur un quiproquo autour d’un caniche impérial, Scheherazade, qui s’éprend d’un fox-terrier blanc nommé Buttons, appartenant à Virgil. Ce détail anodin sert de prétexte à une série de scènes comiques, où Virgil tente de convaincre l’empereur d’autoriser une union entre les deux chiens, tout en cherchant à commercialiser son phonographe. Le film aborde des thèmes comme les différences sociales, le choc culturel entre l’Amérique et l’Europe, et les attentes genrées. Cependant, ces thèmes sont traités de manière superficielle, avec des dialogues et une mise en scène jugés lents et peu engageants. La relation entre Virgil et Johanna, bien que romantique, manque de profondeur et de dynamisme, contrairement à d’autres œuvres de l’époque.
Plusieurs scènes du film soulèvent des questions éthiques et historiques. Notamment, une séquence montre un médecin impérial tentant de noyer des chiots nés d’une union jugée indésirable, avant que Virgil n’intervienne pour les sauver. Cette scène, jugée glaçante, a été interprétée par certains comme une référence implicite aux crimes nazis, bien que l’article ne l’affirme pas explicitement. Un dialogue entre l’empereur et Virgil oppose ensuite une vision spéciste et sexiste, où Johanna est comparée aux chiots, réduisant sa valeur à un enjeu de pouvoir entre les deux hommes. Ces éléments illustrent les stéréotypes et les préjugés présents dans le film, tant sur le plan social que racial.
Le style du film est marqué par une mise en scène lente et bavarde, typique des comédies musicales américaines des années 1940, mais peu adaptée à une intrigue aussi légère. Les scènes de valse, bien que chorégraphiées avec soin, peinent à sauver un scénario jugé trop cliché et peu original. Le film est décrit comme un condensé de stéréotypes touristiques et romantiques, accumulant les clichés sans les subvertir. Bien qu’il puisse intéresser les spécialistes du cinéma, des récits de voyage ou de la valse viennoise, il est globalement considéré comme peu recommandable pour un public général en raison de son manque de profondeur et de son ton parfois problématique. L’article souligne également l’absence de conclusion claire sur le devenir du couple Virgil-Johanna, laissant leur avenir incertain.

