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« La sécurité n’est pas la première des libertés, elle est la première mission de l’Etat »

Le Monde : Libertés numériques· 29 juillet 2026

Après le vote en faveur de textes sécuritaires par plusieurs partis se réclamant du libéralisme, Sacha Benhamou, du think tank Génération libre, rappelle, dans une tribune au « Monde », que l’Etat est censé assurer la sécurité sans outrepasser les droits qu’il a pour fonction de garantir.

Résumé

1

Libéralisme et libertés

L’article critique l’hypocrisie de certains responsables politiques se revendiquant du libéralisme économique, qui défendent la liberté d’entreprendre et la réduction des dépenses publiques, mais restent silencieux face aux atteintes aux libertés individuelles.

Par exemple, en France, des partis de centre droit et de droite, comme Renaissance ou Les Républicains, ont soutenu le projet européen « Chat control », qui autorise l’analyse des communications privées non chiffrées pour détecter des contenus pédocriminels.

Ce texte, adopté le 9 juillet par le Parlement européen, permet aux plateformes de scanner les messages sans soupçon préalable ni contrôle judiciaire individualisé.

Le libéralisme, selon l’article, devrait aussi protéger les libertés privées, et non seulement les libertés économiques.

2

Chat control : surveillance indifférenciée

Le projet « Chat control » est présenté comme une mesure légitime de lutte contre les crimes pédocriminels, mais son moyen soulève des questions éthiques majeures.

Il autorise les plateformes à analyser les communications privées non chiffrées, comme les messages sur les réseaux sociaux ou les applications de messagerie, pour y détecter des contenus illégaux.

Cette analyse se fait de manière indifférenciée, c’est-à-dire sans distinction entre les utilisateurs, et sans preuve préalable de suspicion.

Le texte instaure ainsi un principe de surveillance généralisée, où la confidentialité des échanges est sacrifiée au nom de la sécurité.

En France, les partis de droite et du centre ont voté en faveur de ce projet, malgré les risques pour les libertés individuelles.

3

Vidéosurveillance algorithmique

En France, la vidéosurveillance algorithmique était initialement prévue pour être une mesure temporaire et exceptionnelle, limitée aux Jeux olympiques de Paris 2024.

Pourtant, le projet de loi Ripost, adopté le 21 juillet, prévoit d’étendre cette technologie de manière durable dans le droit français.

La vidéosurveillance algorithmique utilise des outils d’intelligence artificielle pour analyser les images de caméras en temps réel, afin de détecter des comportements suspects ou des infractions.

À l’origine, cette mesure devait être encadrée strictement, mais elle a été rétablie en séance par une coalition incluant le centre, la droite et l’extrême droite, malgré l’opposition de la gauche en commission.

Le débat sur la proportionnalité des atteintes aux libertés a été minimisé au profit d’un argument récurrent : **« La sécurité est la première des libertés.

»**

4

Sécurité vs libertés individuelles

L’article met en lumière un paradoxe dans le discours politique actuel : la sécurité est souvent présentée comme une priorité absolue, au point de justifier des mesures intrusives pour les libertés individuelles.

Par exemple, le projet « Chat control » et la vidéosurveillance algorithmique illustrent cette tendance, où la lutte contre la criminalité sert de prétexte pour instaurer des outils de surveillance massive.

Les défenseurs de ces mesures invoquent systématiquement l’argument « La sécurité est la première des libertés », une formule qui, selon l’article, permet d’éviter un débat approfondi sur la proportionnalité des atteintes aux droits fondamentaux.

En France, cette logique a conduit à l’adoption de textes controversés, malgré les réserves exprimées par certains partis politiques.

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