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Capitalisme et luttes de classe en Italie : vers une recomposition de la classe travailleuse ?

ugopalheta· 30 juillet 2026

La désindustrialisation n’explique pas à elle seule l'affaiblissement de la classe travailleuse dans les pays industrialisés. Pour en comprendre la genèse, cet article revient, à partir de l’exemple italien, sur le processus à travers lequel le capitalisme néolibéral a reconfiguré la classe travail…

Résumé

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Capitalisme industriel italien

Dans les années 1960-1970, l'Italie connaît une période de puissance maximale de la classe ouvrière, marquée par des luttes sociales intenses comme l'« automne chaud » de 1969.

Cette période s'appuie sur un modèle économique appelé fordisme, combinant l'organisation scientifique du travail (taylorisme) et des politiques de welfare (protection sociale).

Deux figures de travailleurs émergent alors : l'operaio massa (ouvrier de chaîne, déqualifié et interchangeable) et l'operaio sociale (ouvrier dont le travail s'étend au-delà de l'usine, incluant des activités intellectuelles et sociales).

Ce dernier reflète une prolétarisation croissante du travail intellectuel et une dépendance accrue aux processus de coopération et de reproduction sociale, notamment grâce aux apports des mouvements féministes.

Le Parti communiste italien (PCI) joue un rôle clé en promouvant une alliance entre forces productives, mais cette stratégie finit par criminaliser les dissidences de gauche extra-parlementaire.

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Crise du fordisme

À partir des années 1970, la crise pétrolière de 1973 et la restructuration du capitalisme mondial remettent en cause le modèle fordiste.

Le capitalisme italien entre dans une phase de recomposition de classe, marquée par la délocalisation de certaines productions, l'introduction de la précarité et de la flexibilité, et une recherche de nouvelles sources de profit dans le savoir et les services.

La figure de l'operaio sociale devient une préfiguration des formes futures de travail, mais elle ne parvient pas à incarner une force antagoniste aussi puissante que celle des décennies précédentes.

Cette période voit aussi un recul des luttes ouvrières et une redéfinition des processus d'accumulation du capital à l'échelle mondiale, ouvrant la voie au capitalisme cognitif, où la connaissance et les compétences deviennent centrales dans la création de valeur.

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Montée du capitalisme cognitif

Dès les années 1980, le capitalisme italien et mondial bascule vers une économie où les actifs immatériels (compétences, brevets, données, marques, méthodologies) prennent une place dominante.

Aux États-Unis, ces actifs représentent 92 % de la capitalisation boursière des 500 plus grandes entreprises (indice S&P 500) en 2024.

En Italie, bien que l'économie reste plus intensive en actifs tangibles, la part des investissements immatériels dans le PIB passe de 1995 à 2024 de 15 % à 26 %.

La valorisation du travail ne se limite plus aux murs de l'entreprise ou aux professions intellectuelles : elle inclut aussi l'extraction de données personnelles, l'appropriation des communs numériques, le « travail du consommateur » (ex : contributions gratuites aux réseaux sociaux), ou encore le travail domestique et de soin non rémunéré, qui représente en Italie 473,5 milliards d'euros par an (26 % du PIB) et est réalisé à 71 % par des femmes.

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Entreprise post-fordiste

L'entreprise post-fordiste, apparue dans les années 1980 avec l'essor du néolibéralisme, rompt avec le modèle tayloriste-fordiste de production de masse.

Elle adopte des principes comme le capital humain (l'idée que chaque individu possède un ensemble de compétences valorisables) et le mérite (évaluation individuelle des performances), promus par des politiques publiques comme la stratégie de Lisbonne (2000).

L'objectif est de rendre la force de travail plus flexible et impliquée, en supprimant les protections traditionnelles.

Le modèle productif évolue vers le just in time (JIT), où la production s'adapte en temps réel à la demande, éliminant les stocks et les temps morts.

En Italie, les réformes du marché du travail (Pacchetto Treu en 1997, Riforma Biagi en 2003, Jobs Act en 2015) ont accru la flexibilité : les contrats atypiques sont passés de 15 % de l'emploi total en 2000 à près de 30 % en 2024, tandis que les emplois à durée déterminée sont passés de 5 % à 17 % en trente ans.

5

Flexibilité et précarité

La flexibilisation du travail en Italie a entraîné une précarisation croissante des travailleurs.

Entre 1992 et 2000, les contrats atypiques ont augmenté de 45 %, reflétant une stratégie visant à comprimer les coûts et à répondre rapidement aux fluctuations du marché.

Cependant, cette flexibilité pose un défi pour le capital : comment maintenir l'engagement des travailleurs dans un contexte où les emplois sont instables et les protections réduites ?

Les réformes ont aussi affaibli les syndicats, dont l'adhésion est passée de 39 % à 32 % en trente ans, et les salaires réels ont diminué de 8 % après ajustement inflationniste.

Le modèle post-fordiste repose ainsi sur un paradoxe : il exige une forte implication des travailleurs tout en réduisant leur sécurité et leurs droits, rendant leur adhésion à l'entreprise de plus en plus fragile.

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Nouveaux défis pour le capital

Le capitalisme cognitif pose un défi majeur au système capitaliste traditionnel.

D'un côté, la centralité des savoirs et des compétences dans la création de valeur rend les travailleurs plus difficiles à contrôler, car leur savoir-faire ne peut être entièrement capté par les machines ou les procédures standardisées.

De l'autre, cette intellectualisation du travail ouvre de nouvelles opportunités d'exploitation, notamment via l'appropriation des données personnelles, des communs numériques ou du travail domestique non rémunéré.

Le capital répond à ces enjeux en développant des stratégies pour capter cette valeur immatérielle, comme l'extraction de données par les plateformes numériques ou la marchandisation du temps libre dans l'économie collaborative (sharing economy).

En Italie, ces mécanismes contribuent à une valorisation accrue du travail, mais aussi à une précarisation et une fragmentation croissantes de la classe travailleuse.

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