La conversion de l’église Saint-Jean-Baptiste coûterait 60 millions
La conversion de l’église Saint-Jean-Baptiste en pôle culturel et communautaire, estimée à 60 millions de dollars, soulève des questions sur la gestion du patrimoine religieux au Québec. Entre urgence de restauration, enjeux financiers et ambition de revitalisation urbaine, ce projet interroge la capacité des collectivités à concilier préservation historique, viabilité économique et inclusion sociale.
Quels sont les principaux travaux prévus pour l’église Saint-Jean-Baptiste et pourquoi leur coût dépasse-t-il largement les estimations initiales ?
Les travaux incluent la restauration des éléments patrimoniaux (portes, fenêtres, maçonnerie, toiture), la décontamination et l’aménagement du sous-sol, la modernisation des systèmes électromécaniques (protection incendie, géothermie) et l’ajout d’un ascenseur. Le coût de 60 millions de dollars, bien supérieur aux 34 millions estimés sur 15 ans par RCGT, s’explique par l’ampleur des rénovations urgentes (1,5 million déjà alloué en 2026) et la nécessité d’adapter le bâtiment à de nouvelles fonctions culturelles et communautaires, nécessitant des infrastructures modernes et accessibles.
Qui sont les acteurs clés de ce projet et quels sont leurs rôles respectifs ?
La Ville de Québec porte le projet et en financera potentiellement plus de la moitié, tandis que le gouvernement fédéral pourrait contribuer jusqu’à 25 millions via le programme Bâtiments communautaires verts et inclusifs. La conseillère municipale Mélissa Coulombe-Leduc défend la vision d’un lieu revitalisé, et le député libéral Jean-Yves Duclos a salué l’aide fédérale comme un levier pour la renaissance du quartier. Des firmes comme l’Institut canadien de Québec (ICQ) et Raymont Chabot Grant Thornton (RCGT) ont évalué la faisabilité du projet.
Quels sont les risques ou limites associés à ce projet, au-delà de son coût ?
Le projet repose sur des revenus annuels estimés entre 600 000 $ et 1,1 million de dollars générés par les nouvelles activités, un montant qui pourrait s’avérer insuffisant pour couvrir les coûts d’entretien à long terme. Par ailleurs, la conversion d’un lieu de culte en espace polyvalent interroge sur la préservation de son identité patrimoniale, malgré son classement comme chef-d’œuvre de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy. Enfin, la dépendance aux subventions fédérales et municipales expose le projet à des aléas politiques ou budgétaires.
Pourquoi l’église Saint-Jean-Baptiste est-elle considérée comme un symbole patrimonial majeur à Québec ?
Construite sur les ruines de sa prédécesseure détruite par un incendie en 1881, l’église Saint-Jean-Baptiste incarne l’héritage architectural de Joseph-Ferdinand Peachy, dont les réalisations (séminaire de Québec, monastère des Ursulines) ont marqué la ville. Son intérieur, avec son orgue classé de Napoléon Déry et ses trompe-l’œil, ainsi que sa façade inspirée de l’église de la Sainte-Trinité de Paris, en font un joyau du patrimoine religieux québécois, justifiant les efforts de restauration.
Ce que ça pourrait changer
Ce projet pourrait redynamiser le faubourg Saint-Jean-Baptiste en en faisant un pôle culturel et communautaire attractif, mais son succès dépendra de la capacité à générer des revenus suffisants et à concilier préservation patrimoniale avec modernité. Il pose aussi la question plus large de la gestion des églises désaffectées au Québec, où de nombreux édifices historiques peinent à trouver une nouvelle vocation sans alourdir le fardeau des collectivités.

