«C’est au Québec que ça bloque», déplorent des ressortissants ukrainiens
Alors que le Canada s’est engagé à accélérer la réunification des familles ukrainiennes fuyant la guerre, le Québec semble constituer un goulot d’étranglement systémique. Entre lenteurs bureaucratiques, cibles d’immigration jugées insuffisantes et concurrence avec d’autres demandeurs vulnérables, des milliers de ressortissants ukrainiens se heurtent à une impasse administrative qui érode leur confiance dans les institutions. Cette situation révèle les tensions entre les priorités fédérales et provinciales, ainsi que les limites des dispositifs humanitaires face à des crises prolongées.
Quels sont les mécanismes qui expliquent l’échec du programme de résidence permanente pour les Ukrainiens au Québec ?
Le programme fédéral mis en place en octobre 2023 pour faciliter la réunification des Ukrainiens avec leur famille au Canada n’a abouti à aucune résidence permanente accordée au Québec en date du 31 mai 2026, contre 3385 dans le reste du pays. Les blocages proviennent d’abord des échanges lents entre le ministère québécois de l’Immigration (MIFI), qui délivre le certificat de sélection du Québec (CSQ), et Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), qui attribue la résidence permanente. Ensuite, les Ukrainiens sont traités comme des candidats à l’immigration relevant de motifs humanitaires, une catégorie où le Québec ne prévoit que 450 admissions par an, créant une concurrence avec d’autres demandeurs vulnérables du monde entier.
Qui sont les principaux acteurs mobilisés dans cette crise et quels sont leurs rôles respectifs ?
Les principaux acteurs sont les gouvernements fédéral et provincial, représentés par IRCC et le MIFI, ainsi que les ressortissants ukrainiens eux-mêmes, organisés autour de figures comme Lyudmyla Savyelova, citoyenne canadienne depuis 2006 qui parraine sa mère et sa sœur arrivées en 2022. Les 800 signataires de la lettre ouverte adressée aux deux niveaux de gouvernement dénoncent l’inaction et réclament une accélération des dossiers, soulignant le rôle passif des institutions face à une crise humanitaire.
Quels sont les délais et les cibles d’admission qui rendent la situation particulièrement critique pour les Ukrainiens ?
Au Québec, seulement 92 certificats de sélection du Québec (CSQ) ont été délivrés entre novembre 2023 et juin 2026 pour environ 2550 demandes, et aucun Ukrainien n’a obtenu sa résidence permanente dans la province. À l’échelle nationale, 21 400 demandes étaient en attente au 28 février 2026 pour une cible annuelle de 750 admissions dans la catégorie humanitaire, ce qui implique un délai prospectif d’environ 10 ans. Pour Lyudmyla Savyelova, dont la mère a 76 ans, ces délais transforment l’espoir de réunification en une attente insoutenable.
Ce que ça pourrait changer
Cette crise administrative pourrait aggraver la précarité des familles ukrainiennes au Québec, avec des conséquences sur leur accès aux soins (RAMQ) et leur stabilité juridique à long terme. Elle met en lumière les failles des dispositifs humanitaires face à des crises prolongées, où les cibles d’immigration et les coordinations intergouvernementales deviennent des variables d’ajustement politiques plutôt que des leviers de réponse. À terme, cette situation risque de saper la crédibilité du Canada comme terre d’accueil pour les réfugiés, malgré ses engagements initiaux.

