Thomas Clerc, écrivain : "En littérature, Il y a un nombre infini de Dieux"
En invitant Thomas Clerc à composer une exposition à partir des archives de l'IMEC, l'institution a transformé une démarche de conservation en miroir introspectif. L'écrivain y explore moins les influences littéraires que leur capacité à refléter une subjectivité collective, brouillant les frontières entre soi et les autres. Une réflexion qui interroge la nature même de l'autobiographie à l'ère de l'archive infinie.
Pourquoi Thomas Clerc considère-t-il que l'exposition Autoportrait révèle davantage sur lui-même que sur les auteurs dont il s'inspire ?
Clerc y voit une transmission générationnelle où les échos entre son parcours et ceux d'écrivains comme Philippe Soupault ou Édouard Levé deviennent des passerelles entre époques et identités. L'exposition ne se limite pas à un inventaire d'influences, mais révèle une forme d'autobiographie indirecte, où le soi se construit par résonance avec les autres.
Quelle est la spécificité de l'approche autobiographique de Thomas Clerc, notamment dans ses œuvres comme Paris, Musée du XXIe siècle ?
Son autobiographie repose sur une méthode oblique : elle passe par des objets, des lieux ou des images plutôt que par une narration frontale. Dans Paris, Musée du XXIe siècle, il décrit le 18e arrondissement comme un territoire à la fois personnel et universel, où la topographie urbaine devient le support d'une introspection partagée.
Quels critères Thomas Clerc mobilise-t-il pour choisir les auteurs dont il s'inspire, alors qu'ils semblent a priori antinomiques ?
Il retient des écrivains pénétrés par la littérature, au-delà de leurs divergences stylistiques ou idéologiques. Pour lui, cette qualité commune transcende les oppositions apparentes : qu'il s'agisse de Roland Barthes, Céline ou Hélène Bessette, ces auteurs partagent une relation fusionnelle avec l'écriture, qui en fait des miroirs de la condition d'écrivain.
En quoi l'IMEC et son exposition Autoportrait incarnent-ils une nouvelle forme de médiation culturelle ?
L'IMEC, en confiant à un écrivain le soin de composer une exposition à partir de ses archives, inverse le rapport traditionnel entre conservation et création. L'institution ne se contente plus de préserver des fonds : elle en fait le matériau d'une expérience subjective, où l'histoire littéraire devient un laboratoire d'introspection collective.
Ce que ça pourrait changer
Cette approche pourrait redéfinir les pratiques de médiation culturelle, en faisant des archives non plus des documents inertes mais des objets transitionnels entre passé et présent. Elle interroge aussi la légitimité des institutions à produire du sens à partir de leurs collections, dans un contexte où la subjectivité des commissaires d'exposition gagne en visibilité.

