Les matinées du mois d'août - Un mois en Auvergne 14/19 : La sorcellerie en Auvergne (1ère diffusion : 22/08/1980)
Diffusée en 1980 dans le cadre des Matinées du mois d'août, cette émission de France Culture explore la sorcellerie en Auvergne comme un phénomène à la fois culturel et social, bien au-delà du simple folklore. À travers des témoignages et des récits, elle interroge la persistance de ces croyances dans une région où l'oralité et les traditions populaires ont longtemps structuré les rapports au sacré et au maléfique. Comment cette émission, à la croisée du documentaire et de la littérature orale, éclaire-t-elle les mécanismes de transmission et de résistance des récits de sorcellerie dans une France rurale en pleine mutation ?
Quels acteurs principaux interviennent dans cette émission et quel rôle jouent-ils dans la transmission de ces récits ?
L'émission s'appuie sur les interventions d'Annette Pourrat, écrivaine et figure locale, ainsi que d'Alain Giron, peintre et maire de Saint-Quentin-sur-Sauxillanges, qui incarnent une double posture : celle de témoins et de passeurs d'un patrimoine oral. Leur présence souligne l'ancrage territorial de ces récits, tandis que le mécanicien et artiste Jean-Claude, basé à Issoire, apporte une dimension plus artisanale et populaire, révélant comment la sorcellerie s'inscrit dans le quotidien des communautés rurales.
Pourquoi la sorcellerie en Auvergne est-elle abordée comme un sujet culturel et non uniquement historique ou folklorique ?
L'émission dépasse la simple évocation des procès de sorcellerie pour interroger la sorcellerie comme un système de croyances actif, encore présent dans les mémoires et les pratiques locales au XXe siècle. En s'appuyant sur des récits oraux et des témoignages contemporains (années 1970-1980), elle montre comment ces croyances persistent ou se transforment, notamment à travers des figures comme les guérisseuses ou les devins, révélant une culture populaire où le sacré et le profane s'entremêlent.
Quels éléments littéraires ou narratifs sont mobilisés pour illustrer ces récits de sorcellerie ?
L'émission puise dans l'œuvre d'Henri Pourrat, écrivain auvergnat connu pour son recueil de contes et légendes, dont un extrait des Poissons est lu par Dominique Labourier. Ces récits, souvent teintés de réalisme magique, servent de support pour explorer la dimension symbolique de la sorcellerie, où la nature, les animaux et les éléments naturels deviennent des acteurs du maléfice ou de la protection. La lecture de recettes comme le potage Margaridou ajoute une dimension concrète et presque culinaire à ces croyances.
En quoi cette émission de 1980 reflète-t-elle les enjeux de la mémoire collective en France rurale à cette époque ?
Diffusée à un moment où la modernisation des campagnes françaises s'accélère, cette émission témoigne d'une tension entre la disparition progressive des traditions orales et leur réappropriation par des intellectuels ou des artistes locaux. Elle pose la question de la survie de ces récits dans un contexte où l'urbanisation et les médias de masse menacent les modes de transmission traditionnels, tout en révélant une forme de résistance culturelle.
Ce que ça pourrait changer
Cette émission invite à réfléchir sur la manière dont les croyances populaires, souvent reléguées à un passé révolu, continuent de structurer les identités locales et les rapports au monde. Elle soulève aussi des questions sur la patrimonialisation de ces récits, entre sauvegarde et folklorisation, dans un contexte où le tourisme culturel et les politiques mémorielles prennent de l'ampleur. Enfin, elle interroge la place de l'oralité dans une société de plus en plus dominée par l'écrit et le numérique.

