L’Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie concluent un pacte de défense
La signature d'un pacte de défense entre l'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie marque une étape significative dans la reconfiguration des alliances régionales, alors que les tensions au Moyen-Orient s'intensifient. Cet accord, qui instaure une dissuasion collective contre les agressions extérieures, s'inscrit dans un contexte de rupture progressive avec l'ordre sécuritaire américain et de montée des ambitions saoudiennes pour un leadership régional. Il envoie un signal fort à l'Iran, tout en révélant les fragilités des partenariats traditionnels de Washington dans la zone.
Quels pays sont concernés par ce pacte de défense et quel est son mécanisme principal ?
L'Arabie saoudite, le Pakistan et la Turquie ont signé un accord stipulant qu'une attaque armée contre l'un des trois États sera considérée comme une agression contre tous. Ce pacte vise à renforcer leur dissuasion collective, notamment dans un contexte de tensions accrues avec l'Iran et de reprise des hostilités au Yémen. Il a été signé à La Mecque par les dirigeants des trois pays : Mohammed ben Salmane pour l'Arabie saoudite, Recep Tayyip Erdogan pour la Turquie et Shehbaz Sharif pour le Pakistan.
Pourquoi ce pacte est-il perçu comme un éloignement de l'influence américaine au Moyen-Orient ?
L'accord est interprété par les experts comme une tentative des trois pays de diversifier leurs partenariats sécuritaires, alors que leur confiance dans les États-Unis s'érode. L'Arabie saoudite, en particulier, cherche à devenir un acteur central de la sécurité régionale, tandis que la Turquie et le Pakistan y voient une opportunité d'attirer des investissements saoudiens et d'accroître leur influence. Ce rapprochement s'inscrit dans une dynamique de rejet d'un ordre sécuritaire dominé par Washington.
Quel rôle jouent les tensions avec l'Iran dans la formation de cette alliance ?
Le pacte est clairement orienté contre les ambitions stratégiques de l'Iran, qui cherche à dominer le Golfe et à contrôler des voies maritimes clés comme le détroit d'Ormuz. L'Arabie saoudite, premier exportateur de pétrole au monde, est particulièrement vulnérable aux blocages de ces passages, d'autant que les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, menacent régulièrement ses infrastructures et ses routes commerciales. L'accord vise donc à contrer cette pression iranienne, notamment via une dissuasion collective renforcée.
Quels sont les enjeux maritimes et terrestres qui motivent cet accord ?
Sur le plan maritime, l'Arabie saoudite dépend de la libre circulation dans le détroit d'Ormuz et le détroit de Bab el-Mandeb, deux voies navigables stratégiques. L'Iran a récemment verrouillé Ormuz, tandis que les Houthis, alliés de Téhéran, imposent un blocus aux navires saoudiens à Bab el-Mandeb. Sur le plan terrestre, l'Arabie saoudite fait face à des attaques répétées des Houthis, notamment dans la région frontalière de Najran, où des bombardements ont fait 11 blessés civils, une escalade inédite depuis la trêve de 2022.
Ce que ça pourrait changer
Ce pacte pourrait accélérer la fragmentation de l'ordre régional au Moyen-Orient, en marginalisant davantage l'influence américaine et en renforçant les dynamiques de bloc contre bloc. Il risque également d'intensifier les tensions avec l'Iran, potentiellement en déclenchant une course aux armements ou des représailles indirectes via des proxys comme les Houthis. Enfin, il pourrait modifier les équilibres internes au sein des alliances traditionnelles, notamment pour la Turquie, dont les engagements vis-à-vis de l'OTAN pourraient être mis à l'épreuve.

