Epsilon : le nouveau réseau social européen qui veut faire oublier X
L’arrivée d’Epsilon, nouveau réseau social français, s’inscrit dans un mouvement plus large de quête d’autonomie européenne face à l’hégémonie des plateformes américaines et chinoises. En proposant un modèle axé sur la transparence algorithmique et la modération préventive, la plateforme ambitionne de restaurer la qualité du débat public, un enjeu devenu central dans un écosystème numérique où la polarisation et la captation de l’attention dominent. Mais cette initiative suffira-t-elle à inverser la tendance, alors que les utilisateurs restent massivement attachés aux géants établis ?
Quels sont les principes fondateurs d’Epsilon et en quoi diffèrent-ils des réseaux sociaux dominants ?
Epsilon se distingue par un modèle centré sur la hiérarchisation explicite des contenus, excluant les mécanismes de classement par viralité ou clashs, et par une modération a priori systématique avant publication. Contrairement à des plateformes comme X ou Meta, Epsilon revendique un algorithme public, un hébergement 100 % européen, et une interdiction totale de revente ou d’exploitation des données personnelles, y compris pour la publicité ciblée. L’objectif est de privilégier l’information, la culture et l’éducation plutôt que les contenus générateurs de conflits.
Qui sont les acteurs derrière ce projet et quel est leur positionnement idéologique ?
Epsilon est porté par Thomas Rocafull et Stéphane Dubreuil, deux cofondateurs qui justifient leur initiative par la dégradation du débat public sur les réseaux sociaux existants, où la captation de l’attention et l’économie de la violence prennent le pas sur la nuance. Leur cible prioritaire inclut les créateurs de contenu, les journalistes et les médias, avec une ambition affichée de reconquérir une partie de l’espace public européen dominé par des acteurs extra-européens.
Comment Epsilon compte-t-il concilier modération stricte et fluidité des échanges ?
La plateforme s’appuie sur une intelligence artificielle développée par Mistral, une pépite française, pour automatiser la modération a priori sans paralyser les flux. L’idée est de tracer une ligne claire entre liberté d’expression et contenus illicites (insultes, appels à la haine), tout en évitant les mécanismes d’escalade qui alimentent les polémiques sur les réseaux traditionnels. Le système repose sur des règles publiées à l’avance, garantissant une certaine prévisibilité pour les utilisateurs.
Ce que ça pourrait changer
Si Epsilon parvient à séduire une partie des professionnels des médias et de la création, il pourrait contribuer à fragmenter davantage le paysage des réseaux sociaux, en offrant une alternative crédible aux utilisateurs en quête de transparence. Cependant, son succès dépendra de sa capacité à attirer une masse critique d’utilisateurs, sans quoi il risque de rester un écosystème marginal. Par ailleurs, son modèle économique, fondé sur une absence de publicité ciblée, interroge quant à sa pérennité financière dans un secteur où les revenus publicitaires sont la norme.

