« On a notre place partout » : randonner en montagne, une expérience jalonnée de racisme
La randonnée en montagne, souvent perçue comme un espace de liberté et de communion avec la nature, révèle aussi les fractures sociales qui traversent la société française. À travers des témoignages et des analyses, l’article met en lumière comment les personnes racisées vivent cette pratique comme un parcours semé d’embûches, entre regards inquisiteurs, remarques discriminatoires et exclusion symbolique. Cette expérience interroge non seulement l’accès au loisir, mais aussi la construction des normes dans les espaces naturels, où la blancheur reste une condition implicite de légitimité.
Quels types de discriminations les randonneurs racisés rapportent-ils dans les espaces naturels ?
Les personnes racisées décrivent des situations de surveillance accrue par les autres randonneurs ou les gardiens de refuges, des remarques désobligeantes sur leur présence jugée inattendue ou inappropriée, ainsi que des interpellations policières injustifiées. Certaines évoquent aussi des stéréotypes racialisés liés à leur pratique, comme être systématiquement associés à des rôles subalternes (porteurs, guides) plutôt qu’à celui de randonneur autonome.
Qui sont les principaux acteurs impliqués dans ces dynamiques d’exclusion ?
Les discriminations émanent principalement des autres randonneurs, souvent blancs et issus de milieux aisés, mais aussi des gardiens de refuges ou des agents de sécurité en montagne, qui peuvent adopter des comportements racialisants. Les institutions comme les parcs naturels ou les fédérations de randonnée sont pointées du doigt pour leur silence ou leur manque de politiques inclusives, malgré leur rôle dans la gestion des espaces.
Pourquoi ces expériences de racisme en montagne restent-elles peu documentées ou médiatisées ?
Le sujet souffre d’un manque de données systématiques sur les discriminations en milieu naturel, contrairement à d’autres espaces publics. Les victimes hésitent souvent à témoigner par crainte de ne pas être crues ou de subir des représailles, tandis que les médias et les institutions peinent à reconnaître ces phénomènes comme une problématique structurelle plutôt que comme des incidents isolés.
Ce que ça pourrait changer
Cette prise de conscience pourrait pousser les acteurs du tourisme et de la gestion des espaces naturels à intégrer des protocoles anti-discrimination dans leurs pratiques, notamment via des formations ou des chartes éthiques. À plus long terme, cela interroge la légitimité même de l’accès aux loisirs pour les minorités, et pourrait alimenter des débats sur la représentation des corps racisés dans les imaginaires collectifs liés à la nature. Une réflexion plus large sur les inégalités spatiales en France, souvent cantonnées aux villes, gagnerait à s’étendre aux territoires ruraux et montagnards.

