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CULTURE

Parasite(s) 3/3 : "Sans Remède" de Phoebe Hadjimarkos Clarke

Source unique·26 sept.

Dans Sans Remède, Phoebe Hadjimarkos Clarke explore une allégorie de l’aliénation et de la servitude à travers une créature captive, condamnée à nourrir un dieu vorace dans les entrailles d’un monde souterrain. Cette fiction radiophonique, troisième volet de la série Parasite(s), interroge moins la monstruosité de l’entité que l’acceptation passive de son propre asservissement, révélant une mécanique de survie où la révolte semble impossible. Le récit, porté par une mise en scène sonore immersive, transforme une fable en miroir des rapports de domination, où la frontière entre bourreau et victime s’efface dans l’absurdité du sacrifice.

Quel est le cœur narratif de Sans Remède et comment Phoebe Hadjimarkos Clarke y dépeint-elle la servitude ?

Le récit suit une créature enfermée dans un espace souterrain, contrainte de préparer quotidiennement un brouet de plantes pour une entité qu’elle nomme dieu. Clarke y dépeint la servitude non comme une contrainte externe, mais comme une intériorisation de la domination : la créature, bien que consciente de son enfermement, ne parvient pas à envisager une évasion, illustrant ainsi l’aliénation comme une prison mentale autant que physique. Le texte suggère que la résistance est étouffée par l’habitude et la peur de l’inconnu, voire par une forme de dévotion paradoxale envers son oppresseur.

Quels procédés stylistiques ou sonores renforcent l’atmosphère oppressante de cette fiction radiophonique ?

La réalisation de Christophe Hocké, associée à une musique originale de Nicolas Worms, utilise des silences, des échos et des textures sonores pour matérialiser l’enfermement de la créature. Les voix, souvent distordues ou étouffées, évoquent une communication avec un monde extérieur indistinct, tandis que les bruits de préparation du brouet (écrasement de plantes, ébullition) ancrent l’auditeur dans une routine mécanique et sans issue. Cette immersion sensorielle transforme l’écoute en expérience tactile, renforçant l’idée d’une prison à la fois physique et psychologique.

En quoi cette fiction s’inscrit-elle dans la série Parasite(s) et quel dialogue entretient-elle avec les deux épisodes précédents ?

Comme les deux autres épisodes de la série (Répondez Ushuaïa de Benjamin Abitan et Octopus de Noémie Landreau), Sans Remède explore les mécanismes de la dépendance et de l’exploitation, mais à travers une métaphore organique et mythologique. Là où Octopus interrogeait la prédation par une entité extérieure, et Répondez Ushuaïa la soumission à un système médiatique, Clarke pousse l’allégorie plus loin en faisant de la créature elle-même un parasite — non pas de son dieu, mais de l’idée même de sacrifice, révélant une boucle sans fin de victimisation consentie.

Pourquoi cette œuvre résonne-t-elle particulièrement dans le contexte culturel et politique actuel, notamment en 2026 ?

En 2026, marqué par des crises politiques et sociales où les discours de résilience et de sacrifice sont omniprésents, Sans Remède devient une parabole glaçante sur l’acceptation des inégalités. La créature, bien que libre de nommer son bourreau dieu, incarne la soumission à des structures de pouvoir présentées comme inévitables. Le récit questionne ainsi la légitimité des systèmes qui transforment les victimes en complices de leur propre oppression, un thème qui résonne avec les débats contemporains sur la responsabilité individuelle face aux crises collectives.

Ce que ça pourrait changer

Cette fiction radiophonique pourrait nourrir une réflexion plus large sur la manière dont les récits de domination — qu’ils soient politiques, économiques ou sociaux — façonnent nos imaginaires collectifs. En montrant comment l’aliénation devient une norme intériorisée, Clarke invite à interroger les mécanismes culturels qui rendent acceptable l’inacceptable. À l’ère des algorithmes et des bulles informationnelles, cette œuvre rappelle aussi que la servitude peut être une construction mentale avant d’être une réalité matérielle, posant la question de notre propre capacité à imaginer des alternatives.

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