Table-ronde : Qui sont les acteurs de la paix ?
À l’heure où les conflits armés et les tensions géopolitiques redessinent les équilibres mondiaux, la question des acteurs de la paix s’impose avec une urgence renouvelée. Entre les limites des institutions traditionnelles et l’émergence de nouveaux réseaux de solidarité, qui porte aujourd’hui les espoirs d’une paix durable ? Cette table-ronde, organisée à l’occasion de la remise du prix Nobel de la paix en 2026, interroge les mécanismes et les visages de cette construction collective, loin des logiques étatiques classiques.
Dans quelle mesure les institutions onusiennes, comme le Conseil de sécurité, sont-elles aujourd’hui en crise face à leur mission de maintien de la paix ?
Le Conseil de sécurité de l’ONU, créé pour garantir la paix et la sécurité internationales, est aujourd’hui confronté à une contradiction majeure : deux de ses cinq membres permanents, la Russie et les États-Unis, sont directement impliqués dans des conflits majeurs, en Ukraine pour le premier et en Iran pour le second. Cette situation révèle l’incapacité de l’institution à transcender les intérêts nationaux, sapant sa légitimité et son efficacité dans un contexte où les guerres se multiplient et où les budgets dédiés à la coopération internationale diminuent.
Quels sont les acteurs non étatiques qui émergent comme des leviers de paix, et comment se distinguent-ils des diplomates traditionnels ?
Les acteurs de la paix dépassent largement les cercles onusiens ou diplomatiques : associations, collectifs informels, artistes, religieux ou même entrepreneurs y jouent un rôle croissant. Ces figures agissent souvent en dehors des cadres étatiques, mobilisant des réseaux transnationaux ou des initiatives locales pour répondre à des crises ignorées par les grands pouvoirs. Leur force réside dans leur capacité à contourner les blocages politiques et à proposer des solutions pragmatiques, comme en témoignent les actions humanitaires ou les campagnes de sensibilisation menées par des organisations non gouvernementales.
Pourquoi la baisse des budgets alloués à la coopération et à la solidarité internationale menace-t-elle les efforts de paix ?
La réduction des financements dédiés à la coopération internationale et à l’aide humanitaire affaiblit directement les acteurs non étatiques, qui dépendent souvent de subventions ou de partenariats pour mener leurs missions. Sans ressources stables, ces initiatives risquent de disparaître ou de voir leur portée limitée, alors même que les besoins en médiation, en reconstruction post-conflit ou en protection des civils ne cessent de croître. Cette situation interroge la priorité accordée par les États à la paix, alors que les conflits persistent.
Ce que ça pourrait changer
La remise en cause des institutions traditionnelles de paix pourrait accélérer la diversification des acteurs et des méthodes, mais elle expose aussi à un risque de fragmentation des efforts. Sans un soutien accru des États et des organisations internationales, les initiatives locales et associatives pourraient s’essouffler, laissant les populations vulnérables sans alternatives face aux crises. À l’inverse, une reconnaissance accrue de ces acteurs non étatiques pourrait redéfinir les contours d’une diplomatie plus inclusive et adaptée aux défis du XXIe siècle.

