La question palestinienne chamboule la tournée d’Ed Sheeran
L’exclusion du rappeur Macklemore de la tournée d’Ed Sheeran, sous la pression des promoteurs de salles, a révélé les tensions entre engagement politique et logique commerciale dans l’industrie musicale. Cette affaire soulève une question plus large : jusqu’où les artistes peuvent-ils s’exprimer librement sans risquer de voir leurs pairs ou leurs contrats menacés, surtout dans un contexte géopolitique aussi polarisé que le conflit israélo-palestinien ?
Quelle décision d’Ed Sheeran a déclenché la polémique et pourquoi ?
Ed Sheeran a exclu Macklemore de sa tournée Loop Tour après que ce dernier ait tenu des propos pro-palestiniens lors de deux concerts début septembre au MetLife Stadium de New York, notamment en scandant le slogan Libérez la Palestine et en assurant aux Palestiniens qu’ils n’étaient pas oubliés. La décision, présentée comme émanant des promoteurs de salles, a été perçue comme une censure par plusieurs artistes participant à la tournée, déclenchant une vague d’annulations en signe de solidarité avec Macklemore.
Quels acteurs ont réagi à l’exclusion de Macklemore et comment ?
Plusieurs artistes ont annulé leur participation à la tournée d’Ed Sheeran en réaction à l’exclusion de Macklemore : Finneas (frère de Billie Eilish), les Irlandais Aaron Rowe et Beoga, ainsi que le groupe danois Lukas Graham. Leurs motivations varient : Finneas a évoqué sa solidarité avec la Palestine, Beoga a dénoncé un musellement lié à des lobbies sionistes, et Lukas Graham a critiqué les pressions exercées par des propriétaires de stade menaçant d’annuler les concerts si Macklemore restait.
Quels arguments ont été avancés par les promoteurs de salles pour justifier l’exclusion de Macklemore ?
Robert Kraft, propriétaire du Gillette Stadium de Boston et des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, a justifié l’exclusion en affirmant ne pas vouloir fournir de plateforme à des discours de haine. Il accuse Macklemore de véhiculer une rhétorique antisémite, notamment en qualifiant l’offensive israélienne à Gaza de génocide depuis octobre 2023. Macklemore a déjà été critiqué pour des incidents passés, comme un costume à connotation antisémite en 2014 ou un clip en 2025 associant un billet de 100 dollars à un drapeau israélien.
Comment Ed Sheeran a-t-il justifié sa position dans cette affaire ?
Ed Sheeran a expliqué que la décision d’exclure Macklemore venait des promoteurs de salles et non de lui, tout en reconnaissant avoir échangé avec Robert Kraft sans parvenir à un compromis. Il a défendu son choix de ne pas s’exprimer publiquement sur des sujets politiques, affirmant que ses concerts ne sont pas des forums politiques. Pourtant, il a reconnu avoir des opinions personnelles sur le conflit à Gaza, tout en insistant sur son refus d’être complice de quoi que ce soit.
Ce que ça pourrait changer
Cette affaire pourrait renforcer les divisions au sein de l’industrie musicale entre artistes engagés et structures commerciales soucieuses de neutralité, surtout dans un contexte de polarisation accrue des débats géopolitiques. Elle interroge aussi la responsabilité des plateformes culturelles dans la modération des discours, entre liberté d’expression et risques de censure indirecte. À plus long terme, elle pourrait inciter d’autres artistes à prendre position publiquement, quitte à subir des pressions similaires.

