Dans la coquille d’un bénitier géant, un journal du climat vieux de 200 ans
L’étude des coquilles de bénitiers géants, ces archives naturelles méconnues, offre une fenêtre inédite sur le climat du XVIIIe siècle dans l’hémisphère Sud. En analysant les variations saisonnières et les cycles océaniques enregistrés dans ces structures biologiques, les chercheurs révèlent des dynamiques climatiques locales bien plus nuancées que les moyennes globales ne le suggèrent, tout en comblant un déficit de données dans les tropiques.
Comment les bénitiers géants permettent-ils de reconstituer l’histoire climatique ?
Leur coquille, composée de couches de croissance quotidiennes et annuelles, intègre des informations géochimiques sur la température de l’eau et les précipitations environnantes. En perçant des micro-trous et en analysant les isotopes d’oxygène et de carbone, les scientifiques décryptent ces données comme un journal intime, mois par mois, sur des décennies voire des siècles.
Quels enseignements tirés de la coquille étudiée à Jiigurru contredisent les idées reçues sur le petit âge glaciaire ?
Contrairement aux estimations globales pour l’hémisphère Nord, les températures hivernales à Jiigurru il y a 225 ans étaient similaires à celles d’aujourd’hui, tandis que les étés étaient seulement 0,9 à 1,2 °C plus frais. De plus, le refroidissement local était moins marqué que dans d’autres régions, illustrant la variabilité spatiale des climats passés.
Pourquoi les archives climatiques de l’hémisphère Sud sont-elles moins documentées que celles du Nord ?
Les données préindustrielles détaillées proviennent majoritairement des hautes latitudes de l’hémisphère Nord, laissant les océans tropicaux de l’hémisphère Sud sous-étudiés. Les bénitiers géants, présents dans toute la zone Indo-Pacifique, offrent une solution en fournissant des enregistrements locaux précis, notamment sur les cycles El Niño/La Niña.
Quel rôle jouent les communautés aborigènes dans cette recherche ?
L’étude a été menée en collaboration avec la Walmbaar Aboriginal Corporation et la Nguurruumungu Indigenous Corporation, soulignant l’importance culturelle et historique de Jiigurru pour les peuples Dingaal et Ngurrumungu. Leur savoir traditionnel et leur gestion des sites archéologiques ont permis de contextualiser les découvertes scientifiques.
Ce que ça pourrait changer
Ces archives biologiques pourraient révolutionner la modélisation climatique en fournissant des données saisonnières précises pour des régions sous-représentées, comme les tropiques. Leur étude systématique dans d’autres récifs de l’Indo-Pacifique permettrait de mieux comprendre les mécanismes de variabilité climatique régionale et leurs liens avec les grands cycles océaniques comme El Niño.

