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Un trou presque aussi grand que le Portugal s’est ouvert dans la banquise de l’Antarctique : les scientifiques savent enfin pourquoi

Source unique·il y a 5 j

La formation d’une polynie de 89 121 km² dans la banquise antarctique en août 2024, soit une surface équivalente à celle du Portugal, révèle une accélération des mécanismes de déstabilisation climatique dans l’Antarctique. Cette anomalie, dont l’ampleur et la précocité défient les modèles historiques, illustre l’interaction entre vagues de chaleur marines et rivières atmosphériques comme nouveaux moteurs de la fragilisation des glaces polaires. Au-delà de l’événement ponctuel, cette polynie interroge sur l’émergence d’une boucle de rétroaction climatique aux conséquences potentiellement irréversibles pour l’équilibre des écosystèmes polaires et le niveau des mers.

Quels mécanismes physiques expliquent l’apparition de cette polynie en plein hiver antarctique ?

L’étude publiée dans Geophysical Research Letters identifie deux phénomènes concomitants : d’abord, six rivières atmosphériques exceptionnelles, transportant d’immenses volumes de vapeur d’eau depuis les tropiques vers l’Antarctique entre juillet et août 2024, avec des températures locales 19 °C supérieures à la moyenne. Ensuite, un transport d’Ekman a poussé les eaux superficielles vers les côtés, permettant à des masses d’eau profondes, plus chaudes, de remonter et de faire fondre la banquise par en dessous. L’air saturé d’humidité a également bloqué le regel en piégeant le rayonnement thermique.

Pourquoi cette polynie est-elle considérée comme un signe inquiétant pour l’avenir de la banquise antarctique ?

Les auteurs de l’étude suggèrent que la formation de polynies pourrait devenir récurrente dans des zones où la banquise hivernale était jusqu’ici stable, comme la baie de Breid. Cette multiplication créerait une boucle de rétroaction positive : une banquise plus fine et moins étendue libérerait davantage de chaleur vers l’atmosphère, retardant son regel et la rendant plus vulnérable aux vagues de chaleur futures. Les quatre années les plus faibles en étendue de banquise hivernale ont toutes été enregistrées depuis 2022, ce qui renforce l’hypothèse d’une tendance structurelle.

Quel rôle jouent les rivières atmosphériques dans ce phénomène et en quoi leur intensité est-elle exceptionnelle ?

Les rivières atmosphériques agissent comme des couloirs de vapeur d’eau transportant l’humidité des régions tropicales vers les pôles, comparables à des fleuves suspendus dans l’atmosphère. Celles observées en 2024 dans la baie de Breid figuraient parmi les plus intenses jamais mesurées en Antarctique, avec un flux de vapeur dépassant 99 % des valeurs historiques. Leur puissance, couplée à des vents soutenus, a non seulement réchauffé l’air local mais aussi repoussé mécaniquement la banquise vers le pôle, empêchant sa reformation.

Ce que ça pourrait changer

Si la multiplication des polynies se confirme, elle pourrait accélérer la déstabilisation des plateformes de glace et des glaciers côtiers, en les exposant directement aux eaux océaniques plus chaudes. Cela risquerait d’aggraver la contribution de l’Antarctique à l’élévation du niveau des mers, même si les polynies elles-mêmes n’y contribuent pas directement. Les modèles climatiques actuels peinent à anticiper l’inertie de ce phénomène, ce qui souligne l’urgence de réviser les projections sur la fonte des glaces polaires et ses impacts globaux.

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