Paraguay : accession “historique” de la progressiste Soledad Nuñez à la mairie d’Asunción
L’élection de Soledad Nuñez à la mairie d’Asunción marque un basculement politique inédit au Paraguay, où le Parti Colorado, parti traditionnel de droite, dominait sans partage depuis près d’un siècle. Cette victoire serrée, obtenue dans un contexte de divisions internes au pouvoir, interroge sur l’érosion progressive de l’hégémonie conservatrice et les recompositions du paysage politique paraguayen, longtemps figé par des décennies de gouvernance autoritaire et clientéliste.
Quels sont les détails chiffrés de cette élection et comment se traduit la victoire de Soledad Nuñez ?
Soledad Nuñez, candidate de la coalition de centre gauche Concertación, a remporté l’élection avec 47,78 % des voix contre 45,98 % pour Camilo Perez, candidat du Parti Colorado, soit une marge de seulement 5 000 suffrages. La victoire, qualifiée d’“historique” et “inattendue” par les médias locaux, a pris de court les sondeurs et plongé le Parti Colorado dans une crise interne, notamment après le comportement agressif de Perez, qui a quitté précipitamment son QG de campagne après une défaite qu’il semblait avoir anticipée.
Pourquoi cette élection est-elle perçue comme un tournant politique au Paraguay ?
Cette élection rompt avec près de 80 ans de domination quasi ininterrompue du Parti Colorado, qui a gouverné le pays sans partage depuis 1948, incluant la dictature d’Alfredo Stroessner (1954-1989). À Asunción, neuf des dix derniers maires étaient issus de ce parti, ce qui rend la victoire de Nuñez d’autant plus symbolique : elle incarne une possible remise en cause du système traditionnel, même si la marge de victoire reste étroite et que les structures de pouvoir pourraient limiter les changements concrets.
Quels acteurs politiques sont directement impliqués dans ce scrutin et quelles sont leurs réactions ?
Côté gagnant, Soledad Nuñez, figure progressiste soutenue par la coalition Concertación, incarne une alternative au conservatisme dominant. Côté perdant, Camilo Perez, représentant du Parti Colorado, a réagi avec amertume en s’en prenant aux journalistes et en quittant rapidement son QG, révélant les tensions internes au parti. Le Partido Colorado, lui, doit désormais gérer une crise de légitimité et identifier les responsables de cette défaite, alors que son hégémonie était jusqu’ici considérée comme intouchable.
Ce que ça pourrait changer
Cette élection pourrait amorcer une recomposition progressive du paysage politique paraguayen, même si les marges de manœuvre d’une maire progressiste restent limitées dans un système encore largement contrôlé par les réseaux traditionnels. Elle pourrait aussi accélérer les divisions au sein du Parti Colorado, déjà fragilisé par des décennies de gouvernance sans alternance, et ouvrir la voie à de nouvelles alliances ou à une montée en puissance des forces de gauche. Enfin, ce basculement local pourrait inspirer d’autres régions ou pays de la région, où les partis traditionnels commencent à être contestés.

