Fred Sancère - Chorégraphies pastorales
Fred Sancère investit les paysages ruraux avec ANIMA, une série de chorégraphies pastorales conçues comme des œuvres de land art vivant et participatif. Porté par l’Année internationale du pastoralisme 2026, ce projet interroge les frontières entre art, écologie et pratiques traditionnelles, en transformant l’espace naturel en scène à ciel ouvert. Une démarche qui dépasse le simple spectacle pour proposer une réflexion sur la place du vivant dans nos sociétés contemporaines.
En quoi ANIMA se distingue-t-il des formes traditionnelles de chorégraphie ou de land art ?
ANIMA fusionne les disciplines en intégrant le public comme acteur central, non comme spectateur passif. Contrairement aux performances classiques, les œuvres sont conçues pour être vivantes et participatives, s’inscrivant dans des lieux naturels où le geste pastoral (comme la conduite d’un troupeau) devient matière chorégraphique. Le projet s’appuie aussi sur une dimension éphémère et contextuelle, liée aux spécificités des territoires traversés (Cantal, Ardèche, Aveyron…).
Quel rôle joue l’Année internationale du pastoralisme dans ce projet, et pourquoi ce choix de dates ?
L’Année internationale des parcours et des éleveurs pastoraux 2026 sert de cadre institutionnel pour légitimer une démarche artistique qui met en lumière des savoir-faire ancestraux souvent marginalisés. Le choix des dates (5 au 20 septembre) coïncide avec une période où les paysages pastoraux sont particulièrement actifs (transhumance, fenaison), offrant une résonance temporelle entre l’art et les cycles naturels qu’il célèbre.
Fred Sancère évoque Derrière le hublot comme une scène conventionnée d’intérêt national. Comment cette structure influence-t-elle ANIMA ?
Derrière le hublot, dirigée par Sancère, agit comme un laboratoire où se croisent recherche artistique et engagement territorial. Cette scène conventionnée permet à ANIMA de bénéficier d’un ancrage institutionnel tout en conservant une liberté créative, notamment grâce à des financements publics qui soutiennent des projets à la fois audacieux et ancrés dans leur écosystème local.
Quels sont les défis logistiques ou conceptuels posés par l’organisation d’un tel événement en plein air, sur plusieurs territoires ?
Le projet doit composer avec des contraintes matérielles (météo, accessibilité des sites) et une temporalité complexe, puisque chaque lieu impose ses propres rythmes (saisonnalité, réglementations locales). Par ailleurs, l’aspect participatif nécessite une médiation exigeante pour impliquer des publics hétérogènes, tout en évitant une folklorisation des pratiques pastorales. La coordination entre les 7 sites représente aussi un défi organisationnel majeur.
Ce que ça pourrait changer
Ce projet pourrait redéfinir les rapports entre art et écologie en proposant un modèle où la création artistique devient un levier de reconnexion avec les milieux naturels. À plus long terme, il pourrait inspirer d’autres initiatives cherchant à hybrider tradition et contemporanéité, tout en questionnant la soutenabilité des modèles culturels en milieu rural. Une vigilance reste nécessaire pour éviter que l’art participatif ne se transforme en outil de communication éphémère au service d’une cause, sans impact durable.

