On surestime la capacité de la nature à se régénérer, selon le King's College de Londres
Une méga-analyse publiée en octobre 2026 par les universités King’s et Imperial de Londres ébranle l’idée d’une résilience naturelle face aux extinctions massives. En compilant 423 études et 222 829 points de mesure, les chercheurs révèlent que la perte de biodiversité réduit directement la capacité des écosystèmes à fournir des services essentiels, remettant en cause le dogme de la redondance fonctionnelle. Cette étude, publiée dans Nature Ecology & Evolution, éclaire les mécanismes par lesquels chaque espèce compte, même dans des contextes a priori stables.
Quelle méthodologie a été utilisée pour évaluer le lien entre biodiversité et services écosystémiques ?
Les chercheurs ont croisé 423 études couvrant 222 829 points de mesure répartis dans quatre types de milieux (terrestres, marins, d’eau douce et estuariens). Ils ont analysé 23 catégories de fonctions et services écosystémiques, soit un corpus deux fois plus large que les synthèses précédentes, afin de mesurer l’impact de la diversité biologique sur des services comme la pollinisation, l’épuration de l’eau ou la séquestration du CO₂.
Pourquoi la redondance fonctionnelle, souvent évoquée pour justifier la résilience des écosystèmes, est-elle remise en cause ?
L’hypothèse de la redondance fonctionnelle supposait que plusieurs espèces pouvaient remplir des rôles similaires, rendant leur disparition moins critique. Or, l’étude montre que chaque espèce supplémentaire contribue de manière distincte aux services écosystémiques, et que leur perte progressive dégrade ces services de façon linéaire plutôt que par paliers. Ce résultat invalide l’idée que des réserves naturelles suffiraient à compenser les extinctions.
Quel service écosystémique est le plus sensible à la diversité biologique, et pourquoi ?
La séquestration océanique du CO₂, souvent désignée sous le terme de puits de carbone bleu, réagit le plus fortement à la biodiversité. Phytoplancton, réseaux microbiens et écosystèmes côtiers comme les mangroves ou les récifs coralliens jouent un rôle clé dans le transfert du CO₂ atmosphérique vers les profondeurs marines. Cette sensibilité s’explique par la complexité des chaînes trophiques marines et leur interdépendance avec la diversité spécifique.
Quelles projections les chercheurs ont-ils établies pour l’avenir des services écosystémiques ?
En croisant leurs résultats avec les scénarios socio-économiques du GIEC, les auteurs anticipent un déclin marqué de services comme la lutte biologique contre les ravageurs agricoles, particulièrement dans les pays à forte croissance démographique et à faible indice de développement humain. Ces projections soulignent l’urgence d’intégrer la préservation de la biodiversité dans les modèles de développement, sous peine de voir s’effondrer des fonctions écologiques essentielles.
Ce que ça pourrait changer
Cette étude pourrait bouleverser les stratégies de conservation en démontrant que la protection de la biodiversité ne se limite pas à sauvegarder quelques espèces emblématiques, mais exige une approche systémique. Les décideurs pourraient s’appuyer sur les outils développés par les chercheurs pour identifier les zones les plus vulnérables et prioriser les actions, notamment dans les régions où les services écosystémiques sont déjà fragilisés. À l’échelle globale, ces résultats renforcent l’argumentaire en faveur d’une transition écologique radicale, où la préservation du vivant devient un impératif non négociable pour la stabilité des sociétés humaines.

