La Vérif : les chefs ont-ils dit toute la vérité pendant le débat?
Le dernier débat des chefs avant les élections québécoises a révélé des écarts significatifs entre les déclarations des partis et la réalité des faits vérifiés. Entre promesses chiffrées, accusations de coupes budgétaires et approximations sur les enjeux migratoires, cette confrontation a surtout mis en lumière la difficulté des formations politiques à concilier communication électorale et rigueur analytique. Une occasion manquée de clarifier les débats publics, alors que les citoyens peinent à distinguer le vrai du plausible.
La CAQ a-t-elle financé un parc de gorilles au Gabon, comme l’a suggéré le PQ ?
Non. C’est le Parti libéral de Philippe Couillard qui a sélectionné et financé un projet d’électrification d’une réserve touristique de gorilles au Gabon en 2018, pour un montant de 148 000 $ prélevé dans le Programme de coopération climatique internationale. Ce projet a été abandonné en 2019 par la CAQ, arrivée au pouvoir cette même année, mais le financement initial provenait bien du Fonds vert, un fonds public alimenté par des taxes sur les entreprises polluantes.
La croissance des dépenses publiques prévue par certains partis menace-t-elle vraiment les services à la population, comme l’a affirmé Christine Fréchette ?
Non. Le Vérificateur général du Québec n’utilise pas le terme austérité pour qualifier ces projections. Il souligne simplement qu’une croissance annuelle moyenne des dépenses à 2,2 % pourrait entraîner une réduction de l’intervention de l’État dans certains secteurs, mais sans parler de coupes directes. Trois partis (PCQ, PQ et PLQ) se situent à ce niveau ou en dessous, ce qui relativise l’accusation portée par la cheffe de la CAQ.
Le Québec compte-t-il vraiment 200 000 demandeurs d’asile et 200 000 travailleurs étrangers, comme l’a affirmé Éric Duhaime ?
Non. En date du 1er avril 2026, le Québec comptait 190 300 demandeurs d’asile, réfugiés et personnes dont la demande a été refusée ou abandonnée mais toujours présentes sur le territoire. Ce chiffre inclut donc des catégories variées, pas seulement des demandeurs en attente de jugement. Pour les travailleurs temporaires, le Québec en recensait 182 668 à la même date, ce qui rend l’affirmation d’Éric Duhaime inexacte.
La promesse libérale de construire 100 000 logements par an est-elle réaliste, comme l’a contesté Charles Milliard ?
Non. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le Québec pourrait construire au maximum 72 000 logements par an dans un scénario optimiste. La promesse libérale, qui vise 100 000 logements annuels, dépasse donc de 40 % la capacité réelle du marché, même en incluant les besoins pour retrouver un niveau d’abordabilité prépandémique.
Ce que ça pourrait changer
Ces approximations et contre-vérités soulèvent des questions sur la qualité du débat démocratique en période électorale. Elles risquent d’alimenter une défiance envers les partis politiques, perçus comme plus soucieux de marquer des points que de fournir une information fiable. Pour les citoyens, la vérification systématique des faits devient un outil indispensable, mais son impact réel sur les choix électoraux reste limité si les médias ne parviennent pas à imposer une culture de la transparence.

