Si rien n'est fait, l'Inde pourrait bientôt se retrouver coupée d'internet
L'Inde, deuxième marché mondial de l'internet avec plus d'un milliard d'abonnés en 2025, risque de voir son approvisionnement en bande passante internationalement menacé par des infrastructures vieillissantes et une gouvernance fragmentée. Alors que la demande numérique explose, notamment sous l'effet de l'IA, la dépendance à une poignée de câbles sous-marins concentrés autour de Mumbai révèle une vulnérabilité systémique, où la lenteur des réparations et l'absence de planification coordonnée pourraient bientôt paralyser une partie du réseau mondial.
Pourquoi l'Inde est-elle particulièrement exposée aux risques de coupure d'internet malgré sa taille de marché ?
L'Inde concentre 20% de la consommation mondiale de données tout en ne disposant que de 3% des câbles sous-marins mondiaux, avec une majorité de ses infrastructures vieillissantes — onze câbles sur dix-huit ont plus de 20 ans pour une durée de vie théorique de 25 ans. Cette disproportion entre la demande et les capacités physiques, couplée à une gouvernance éclatée entre seize agences, rend le système incapable de suivre le rythme des besoins actuels, notamment ceux induits par l'IA.
Quels sont les principaux facteurs de risque pour les câbles sous-marins indiens, au-delà des actes malveillants ?
Les pannes sont majoritairement causées par des accidents externes (pêche, ancres de navires, risques naturels) ou des défaillances matérielles, avec entre 150 et 200 incidents annuels dans le monde. En Inde, l'absence de navires dédiés aux réparations et la complexité des autorisations administratives pour les navires étrangers aggravent les délais de réaction, transformant des incidents ponctuels en crises prolongées.
Comment la concentration des câbles autour de Mumbai aggrave-t-elle les vulnérabilités du réseau indien ?
Treize des dix-huit câbles sous-marins indiens sont concentrés sur seulement six kilomètres de côte près de Mumbai, où transitent 95% de la bande passante internationale. Cette centralisation historique, bien qu'efficace à l'origine, crée un point de défaillance unique : une coupure simultanée de ces câbles, même partiellement compensée par des systèmes de réacheminement, affecterait massivement la connectivité du pays et, par ricochet, celle de l'Europe, de l'Afrique et de l'Asie occidentale.
Ce que ça pourrait changer
À moyen terme, l'incapacité de l'Inde à moderniser ses infrastructures numériques pourrait freiner son essor économique lié au numérique, tout en perturbant les chaînes de valeur mondiales dépendantes de ses données. Une crise prolongée risquerait aussi d'accentuer les inégalités d'accès à internet au sein du pays, où les centres de données ont vu leur capacité multipliée par quatre en cinq ans, sans que les réseaux terrestres ne suivent. Enfin, ce déséquilibre pourrait inciter les acteurs internationaux à diversifier leurs routes de câbles, réduisant l'influence géopolitique de l'Inde dans le paysage numérique mondial.

