Racheté 35 300 €, Lycos.fr revient : « On n’avait pas prévu que ça aille aussi vite »
Le rachat du nom de domaine Lycos.fr pour 35 300 €, après sa disparition du paysage numérique français en 2009, illustre une stratégie de relance audacieuse mais risquée. Entre nostalgie d’un portail emblématique des années 2000 et enjeux juridiques liés à l’héritage d’une marque, ce retour interroge : peut-on ressusciter une identité numérique sans s’exposer à des conflits de propriété intellectuelle ?
Qui est à l’origine du rachat de Lycos.fr et quels sont ses objectifs affichés ?
Le nom de domaine a été racheté par la société ADN Contents, fondée par Benjamin Romei, pour un montant de 35 300 €. L’objectif est de transformer Lycos.fr en une porte d’entrée simplifiée du web français, combinant un moteur de recherche, un agrégateur de médias et un service de pages personnelles (Lycos ID) sous forme de vanity URLs. Romei insiste sur un modèle économique hybride (publicité et options premium) et une ambition générationnelle, visant à toucher à la fois les nostalgiques et de nouveaux utilisateurs.
Pourquoi le retour de Lycos.fr soulève-t-il des questions juridiques ?
Le principal risque réside dans l’absence de droits de propriété intellectuelle valides sur la marque Lycos en France et aux États-Unis, où les enregistrements de marque liés à des activités numériques sont expirés depuis des années. Le nouvel acquéreur se dit confiant, affirmant avoir mené un travail juridique préalable et mis en place des démarches pour sécuriser l’exploitation du domaine .fr, tout en reconnaissant une vigilance accrue face à d’éventuelles réclamations via la procédure Syreli de l’Afnic.
Comment le projet Lycos ID se distingue-t-il des services existants ?
Lycos ID propose une carte de visite en ligne sous forme d’adresse personnalisée (ex: lycos.fr/votrenom), intégrée à un écosystème en développement : un moteur de recherche basé sur un index propre, un agrégateur de médias en continu, et une barre de recherche unifiée. Contrairement aux géants actuels, l’accent est mis sur la simplicité et la reconnaissance immédiate du nom de domaine, plutôt que sur des fonctionnalités complexes.
Quel rôle a joué la communauté des internautes dans le lancement du projet ?
Le succès initial du projet a été largement impulsé par la réaction spontanée des utilisateurs : en quelques heures seulement après la mise en ligne de la page d’accueil, des milliers de personnes se sont inscrites, réservant des adresses personnalisées. Benjamin Romei souligne que cette dynamique a décidé à sa place du calendrier du lancement, prouvant que le nom Lycos conserve une résonance forte, au-delà de la nostalgie.
Ce que ça pourrait changer
Le retour de Lycos.fr pourrait marquer un tournant dans la stratégie de relance de marques historiques du web, en misant sur leur capital symbolique pour séduire des publics variés. Cependant, le projet reste vulnérable aux aléas juridiques, notamment si un ayant-droit légitime émerge ou si l’Afnic valide une réclamation. À plus long terme, son succès dépendra de sa capacité à se différencier face aux géants actuels (Google, Bing) et à fidéliser une base d’utilisateurs au-delà du cercle des nostalgiques.

