Un don de la Caisse d’économie solidaire Desjardins au «Devoir» pour soutenir son journalisme
Le Devoir annonce un partenariat inédit avec la Caisse d’économie solidaire Desjardins, qui lui octroie un don de 225 000 dollars sur trois ans pour développer une couverture dédiée à l’économie sociale et à l’entrepreneuriat collectif. Cette initiative, bien que présentée comme un soutien philanthropique, soulève des questions sur les dynamiques entre finance solidaire et journalisme indépendant, alors que le Québec compte plus de 11 000 entreprises d’économie sociale générant des milliards de dollars et employant près de 250 000 personnes. Au-delà du financement, l’enjeu réside dans la capacité de ce modèle à démocratiser un secteur économique souvent méconnu, tout en interrogeant la légitimité des médias à s’engager dans des partenariats structurels avec des acteurs économiques.
Quel est l’objectif précis de ce don et comment s’inscrit-il dans la stratégie éditoriale du Devoir ?
Le don de 225 000 dollars sur trois ans vise à financer l’embauche d’un journaliste dédié à temps plein pour couvrir spécifiquement l’économie sociale et l’entrepreneuriat collectif au Québec, un secteur économique à la fois majeur et méconnu. Selon le directeur du Devoir, Brian Myles, cette initiative s’inscrit dans la continuité des partenariats philanthropiques du journal, tout en garantissant une indépendance éditoriale totale dans le choix et le traitement des sujets.
Quels sont les chiffres clés de l’économie sociale au Québec et pourquoi ce secteur est-il considéré comme un modèle à part ?
Le Québec compte 11 360 entreprises d’économie sociale, générant 53,6 milliards de dollars de revenus et employant 248 000 salariés. Ce modèle se distingue par sa résilience, sa capacité à répondre à des besoins non comblés par le marché ou l’État, et son ancrage territorial, notamment dans les régions dévitalisées. Il inclut des initiatives variées, allant du logement social à la culture, en passant par l’alimentation et l’innovation.
Comment la Caisse d’économie solidaire Desjardins justifie-t-elle ce partenariat avec un média comme Le Devoir ?
La Caisse met en avant le rôle central des entreprises d’économie sociale dans la construction de logements, la création d’emplois de qualité et le développement d’initiatives innovantes dans toutes les régions du Québec. Pour elle, ce soutien au journalisme vise à mieux faire connaître ces acteurs et leurs contributions, alors que leur modèle reste sous-représenté dans le débat public.
Quels sont les risques ou limites potentiels d’un tel partenariat pour l’indépendance journalistique ?
Bien que le Devoir insiste sur la garantie d’une autonomie éditoriale, ce type de financement philanthropique soulève des interrogations sur les possibles influences indirectes d’un acteur économique comme Desjardins, même solidaire. L’enjeu réside dans la transparence des choix éditoriaux et la capacité du média à maintenir une distance critique face à un secteur qu’il est censé couvrir de manière approfondie.
Ce que ça pourrait changer
Ce partenariat pourrait marquer un tournant dans la couverture médiatique de l’économie sociale au Québec, en offrant une visibilité accrue à un secteur souvent éclipsé par les modèles capitalistes traditionnels. Il interroge aussi les médias sur leur modèle économique, alors que le financement philanthropique devient une alternative face à la précarité des revenus publicitaires. Enfin, il pose la question de la légitimité des acteurs économiques à influencer, même indirectement, l’agenda médiatique.

