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NUMÉRIQUE

Des chercheurs listent les centaines de jeux de données menacés par l’administration Trump

Source unique·il y a 6 j

Depuis 2025, l’administration Trump multiplie les suppressions, modifications ou arrêts de collecte de données fédérales aux États-Unis, une stratégie qui s’inscrit dans une logique de restriction systématique de l’accès à l’information publique. Au-delà des cas médiatisés, un projet comme dataindex.us révèle l’ampleur silencieuse de ces atteintes : 375 jeux de données impactés, dont 38 purement supprimés, tandis que les autres subissent des altérations ciblées affectant des pans entiers de l’action publique, de l’éducation à la santé. Cette érosion des données publiques interroge moins leur disparition que leur invisibilisation progressive, un mécanisme qui compromet la capacité des décideurs et des citoyens à fonder leurs choix sur des éléments factuels.

Quels types de données sont spécifiquement ciblés par ces suppressions ou altérations ?

L’administration Trump a principalement visé des données liées à l’éducation et à la santé, avec respectivement 10 et 4 jeux de données abandonnés. Dans le domaine de l’éducation, les États-Unis se sont retirés du Programme international de recherche en lecture scolaire, un outil d’évaluation de l’apprentissage de la lecture en place depuis 2001. Pour la santé, c’est le suivi national des risques liés à la grossesse qui a été abandonné, bien que certains États continuent de financer partiellement ces collectes. Plus largement, des données sur l’identité de genre, l’énergie, la justice ou l’agriculture ont été modifiées ou restreintes, souvent en supprimant des éléments spécifiques plutôt qu’en fermant des bases entières.

Qui sont les acteurs derrière le projet dataindex.us, et quel est son objectif précis ?

Le projet dataindex.us est porté par une équipe d’une dizaine de chercheuses, chercheurs et ingénieurs, dirigée par Denice Ross, ancienne responsable des données scientifiques à la Maison-Blanche sous Joe Biden et aujourd’hui à la tête de l’ONG Federation of American Scientists. Leur objectif est de documenter en temps réel les suppressions, modifications ou arrêts de collecte de données fédérales depuis janvier 2025, afin de rendre visibles des changements souvent discrets mais aux conséquences durables. Comme le soulignent ses initiateurs, ces données « invisibles » ne posent problème que lorsqu’elles deviennent indispensables, une fois disparues.

Pourquoi est-il si difficile d’évaluer l’étendue exacte des données supprimées ou altérées ?

L’évaluation est complexe car elle dépend de deux critères subjectifs : la définition même de ce qu’est une « donnée » et ce que l’on considère comme une « suppression ». Par exemple, une base de données peut rester active tout en voyant certains champs (comme ceux relatifs à l’identité de genre) effacés, ce qui rend le décompte des pertes particulièrement flou. Les chercheurs reconnaissent ainsi ne pas pouvoir répondre précisément à la question de l’ampleur globale des suppressions, faute de cadre clair pour les identifier.

Ce que ça pourrait changer

Cette stratégie de restriction des données publiques pourrait affaiblir la transparence démocratique et la capacité des États fédérés, des chercheurs ou des citoyens à évaluer les politiques publiques ou à anticiper des crises. À plus long terme, l’absence de données standardisées et accessibles menace la prise de décision éclairée, notamment dans des domaines critiques comme la santé publique ou l’éducation, où les États-Unis perdent leur rôle historique de référence. La volatilité des décisions (comme le démantèlement puis le rétablissement partiel d’un réseau de suivi climatique) illustre aussi une instabilité institutionnelle qui complique toute planification à long terme.

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