Quand la rue devient pharmacie : le marché parallèle des médicaments en Afrique centrale
L’Afrique centrale fait face à une crise sanitaire et sécuritaire où le trafic de médicaments, loin de se limiter aux contrefaçons, s’est mué en un système parallèle structuré, exploitant les failles des systèmes de santé régionaux. Entre pénurie chronique, corruption et groupes armés opportunistes, ce marché illégal révèle moins un problème de contrôle qu’un échec structurel à garantir l’accès aux soins, avec des conséquences sanitaires et sociales dévastatrices.
Quels sont les mécanismes qui transforment la rue en pharmacie illégale en Afrique centrale ?
Le marché parallèle repose sur un double déficit : l’incapacité des systèmes de santé à couvrir les besoins (avec des scores d’accès aux soins parmi les plus bas au monde) et l’exploitation de routes commerciales régionales par des réseaux criminels diversifiés. Ces derniers détournent des médicaments légaux, importent clandestinement des produits non homologués ou falsifiés, et s’appuient sur des acteurs variés — des professionnels de santé corrompus aux groupes armés contrôlant des territoires — pour écouler leur marchandise, souvent à des prix inaccessibles dans les circuits officiels.
Pourquoi les saisies de médicaments illicites ont-elles augmenté de manière aussi spectaculaire entre 2020 et 2025 ?
L’augmentation des volumes interceptés (de 5 tonnes en 2020 à 116 tonnes en 2024) reflète à la fois l’essor du trafic et l’intensification des contrôles policiers et douaniers. Si le Cameroun concentre l’essentiel des saisies (96 tonnes en 2025), le phénomène touche toute la sous-région, où les ports, aéroports et axes fluviaux servent de plaques tournantes. L’ONUDC souligne que cette hausse ne doit pas être interprétée comme une amélioration de la situation, mais comme la preuve d’un marché en expansion, malgré des données fragmentaires selon les pays.
Quels sont les risques sanitaires spécifiques liés à ce marché parallèle ?
Les médicaments illicites — qu’ils soient falsifiés, de qualité inférieure ou détournés — exposent les populations à des échecs thérapeutiques, des intoxications, voire des décès. Le rapport cite notamment la mort de douze enfants au Cameroun en 2023 après ingestion d’un sirop contaminé. Surtout, ces produits favorisent l’émergence de résistances aux antimicrobiens, un enjeu majeur pour des régions où le paludisme, la tuberculose et le VIH restent endémiques. Le risque ne se limite pas aux circuits informels : un tiers des produits défectueux ont été détectés dans des chaînes d’approvisionnement réglementées.
Ce que ça pourrait changer
La persistance de ce marché parallèle pourrait aggraver les crises sanitaires en Afrique centrale, en sapant les efforts de lutte contre les maladies infectieuses et en normalisant l’accès à des soins dangereux. Sans une réponse intégrée — combinant accès aux médicaments essentiels, harmonisation des législations et coopération transfrontalière — les groupes criminels continueront de prospérer, tandis que les États resteront prisonniers d’un cercle vicieux où la répression seule ne suffit pas à combler les lacunes structurelles.

