Il n'y a pas de développeurs web de qualité en Côte d'Ivoire. Enfin… c'est l'impression que donnent nos sites internet publics.
Cette affirmation ne provient d'aucune étude scientifique, ni d'un rapport officiel. Elle repose simplement sur un constat que chacun peut faire en parcourant l

Cette affirmation ne provient d'aucune étude scientifique, ni d'un rapport officiel. Elle repose simplement sur un constat que chacun peut faire en parcourant les sites internet de nombreuses institutions publiques ivoiriennes.
Les sites internet des pouvoirs publics sont censés être la vitrine numérique d'un pays. Ils doivent faciliter l'accès à l'information, améliorer la communication avec les citoyens, rassurer les investisseurs et refléter les compétences techniques nationales.
Pourtant, dans le cas de la Côte d'Ivoire, beaucoup de plateformes officielles donnent malheureusement une impression contraire.
Interfaces vieillissantes, ergonomie approximative, absence de responsive design sur certains services, lenteurs d'affichage, navigation confuse, erreurs d'orthographe, liens inactifs, manque d'harmonisation graphique ou encore mise à jour de l’information quasi-inexistantes : ces défauts sont récurrents.
Pour un pays qui ambitionne d'être un leader de la transformation numérique en Afrique de l'Ouest, ce constat interroge.
Quelques exemples consultables :
Direction des Examens et Concours (DECO) : plateforme de consultation des résultats du CEPE.
Agence Nationale de la Statistique (ANStat).
Centre National de Pilotage des Partenariats Public-Privé (CNP-PPP).
Ces plateformes remplissent certes leur fonction première, mais elles restent, pour beaucoup, loin des standards actuels en matière d'expérience utilisateur, d'accessibilité, de design et de fluidité.
Pourtant, les compétences existent. Chaque année, les universités ivoiriennes, les écoles d'ingénieurs et les centres de formation forment des centaines de développeurs, designers UX/UI et spécialistes du numérique. Plusieurs entreprises privées ivoiriennes réalisent d'ailleurs des applications et des plateformes modernes répondant aux standards internationaux.
Le problème semble donc moins être un manque de compétences qu'un manque d'exigence dans la conception des plateformes publiques.
Les Nations Unies, à travers leur indice de développement de l'administration électronique (E-Government Development Index), rappellent qu'un portail gouvernemental moderne constitue un élément essentiel de la qualité des services publics numériques. En 2024, l’Indice de développement de l’e-gouvernement était de 0,5587, ce qui place la Côte d’Ivoire au 124ème rang sur 193 pays.
De son côté, la Banque mondiale souligne régulièrement que la transformation numérique est aujourd'hui un levier majeur de compétitivité économique et d'attractivité des investissements.
Les Causes possibles
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation.
Une faible priorité accordée aux sites internet publics.
Une gouvernance numérique insuffisamment structurée
Des cahiers des charges qui privilégient parfois la livraison rapide plutôt que la qualité de l'expérience utilisateur.
Une absence de standards graphiques communs entre les différentes administrations.
Un manque de maintenance continue après la mise en ligne.
Les conséquences
Les conséquences sont loin d'être anodines.
Un site internet est aujourd'hui la première porte d'entrée d'une administration.
Lorsqu'il est peu ergonomique, lent ou difficile à utiliser, il ralentit les procédures administratives, complique l'accès à l'information et détériore l'image de l'institution concernée.
A l'échelle internationale, il renvoie également une image peu valorisante de l'écosystème numérique ivoirien.
Or cette image peut influencer, même indirectement, la perception des investisseurs étrangers, des partenaires internationaux et des entreprises souhaitant collaborer avec des acteurs locaux.
Enfin, cela ne met pas suffisamment en valeur le savoir-faire des développeurs ivoiriens, pourtant largement démontré dans le secteur privé.
Comment y remédier ?
La première étape est une véritable volonté politique.
Il devient nécessaire de définir une stratégie nationale de conception des sites internet publics, avec des standards communs en matière de design, d'accessibilité, de sécurité, de performance et d'expérience utilisateur.
Chaque plateforme publique devrait faire l'objet d'audits réguliers afin de corriger les défauts techniques et d'améliorer continuellement les services proposés aux citoyens.
La France constitue, sur ce point, un exemple intéressant. Son système de design de l'État ("Design Système de l'État"), piloté par la Direction interministérielle du numérique (DINUM), impose des règles communes de conception pour les services publics numériques. Cette approche permet d'assurer une identité visuelle cohérente, une meilleure accessibilité et une expérience utilisateur homogène sur l'ensemble des plateformes administratives.
La Côte d'Ivoire possède les compétences nécessaires pour atteindre ce niveau. Il reste désormais à faire du numérique public une véritable priorité nationale, car la qualité d'un site internet institutionnel reflète aussi le sérieux de l'administration qu'il représente.
Commentaires (1)
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Se connecterExcellent article ! C’est un constat pertinent et que beaucoup relèvent.
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